Sonasid : Les performances et perspectives du groupe décryptées par Ismaïl Akalay

Brian Brequeville | Le 12/10/2021 à 18:43
Le groupe connait un fort rebond depuis le début de l’année, notamment grâce à la hausse de la demande et la gestion stricte des coûts de production lui permettant de gagner en compétitivité. Dès 2022, il compte exporter 80% de sa production de nouveaux produits à forte valeur ajoutée de fibre d’acier vers les Etats-Unis. Grâce au 85% d’énergies renouvelables utilisés dans sa production, et dans un contexte de hausse globale du coût de l'énergie, le groupe ambitionne d’exporter en Europe sous peu car plus compétitif que les sidérurgistes européens.

L’année 2020 a été fortement impactée par la pandémie pour Sonasid. La demande locale sur les produits de sidérurgie s’était affaissée alors qu’elle n’était déjà pas bien élevée et les approvisionnements ont été perturbés par le confinement et l’arrêt des usines.

Au premier semestre 2021, l’activité est repartie sur les chapeaux de roues. Le groupe a affiché un chiffre d’affaires consolidé à 2.045 millions de dirhams en hausse de 69% par rapport au premier semestre 2020. Par rapport à une année normative comme 2019, le chiffre d’affaires sur la période a augmenté de 13%. De son côté, le résultat net part du groupe consolidé sur la période est passé dans le vert, avec un bénéfice de 47 millions de dirhams contre un déficit de 43 millions de dirhams à la même période l’an dernier. A la même période en 2019, le groupe affichait un bénéfice de 5 millions de dirhams.

Mais à quoi est due cette remontée fulgurante et comment le groupe prévoit de performer sur le reste de l’année dans ce contexte de redémarrage ? Les problèmes de fond concernant la forte concurrence turque et la surproduction ont-ils été rebattus par la crise ou sont-ils encore au goût du jour ? LeBoursier est allé à la rencontre de son directeur général, Ismaïl Akalay, pour en savoir plus.

Un effet prix/volume favorable et un contrôle strict des coûts de production

Le fort redémarrage du groupe cette année est le fruit de divers facteurs, notamment d’un plan stratégique établi en 2019. Le redressement des finances du groupe s’est en effet amorcé dès la seconde moitié de l’année dernière. « La première année de ce plan stratégique a été 2020 et malgré la situation difficile, nous avons réalisé un meilleur résultat qu’en 2019. Cette tendance s’est concrétisée cette année également grâce à plusieurs facteurs exogènes comme la hausse du prix de l’acier » nous explique le directeur général du groupe.

Ce plan stratégique est en partie axé sur une optimisation des coûts variables et fixes de Sonasid. L’objectif est de réaliser 30€ de réduction par tonne sur 3 ans. « Déjà à fin 2020, nous atteignions 15€. C’est considérable car si l’on fait la comparaison, la clause de sauvegarde est à 50€ la tonne, en gagnant 30€ sur les charges variables, cela fait 75% de cette clause de sauvegarde qui devrait disparaitre fin 2021. Nous avons demandé à ce que cela soit prolongé jusqu’en 2023 » explique Ismaïl Akalay. Le groupe a également œuvré fortement sur les niveaux de charges fixes. Pour cela, le groupe a optimisé son énergie et a réduit de 7% sa consommation entre 2019 et 2020. « Cela se réalise notamment à travers l’effet diviseur, c’est-à-dire la saturation des fours, car cela consomme moins de réactifs et d’énergie » nous explique le directeur général.

Cette combinaison entre baisse des coûts de production et effet favorable prix/volume ont impacté positivement la profitabilité du groupe sur la première moitié de l’année. La demande a également été impactée positivement avec la reprise progressive des chantiers et de la commande publique. Une tendance positive qui se poursuivra sur le reste de l’année.

Un trend identique attendu sur le reste de l’année et des exportations en ligne de mire

Le reste de l’année, devrait selon le dirigeant, se situer sur le même trend que celui observée actuellement. « Néanmoins, il y a des nouveautés » rappelle Ismaïl Akalay, pointant le fait que les coûts de l’énergie ont flambé depuis le début de l’année. Cela pourrait être une bonne nouvelle pour le sidérurgiste.

En effet, l’énergie utilisée par Sonasid provient à 85% de source éolienne, ce qui n’est pas le cas de nombreux aciéristes en Europe. « Les sidérurgistes européens souffrent car avec ces hausses des coûts d’énergie, ils ont 50€ à 70€ de plus la tonne, qu’ils doivent répercuter sur leur prix de vente. Nous qui avons une énergie principalement verte, il se peut que nous devenions compétitif pour exporter sur l’Europe » nous confie Ismaïl Akalay. « Peut-être que l’exportation deviendra intéressante sur le T4 2021 ou début 2022 si l’on continue à voir ces augmentations de prix de l’énergie sur les marchés européens » poursuit-il. Le groupe a d’ailleurs réalisé des productions en acier pour des entreprises allemandes cette année.

Une diversification produit qui permettra de mettre le pied aux Etats-Unis

Courant du second semestre, Sonasid avait annoncé un plan investissement de 120 millions de dirhams. Mais à quoi cela va-t-il servir ?

Premièrement, dans un renouvellement de l’appareil industriel. « Il y aura du renouvellement notamment de transformateurs électriques, qui sont d’importance cruciale. Nous allons également moderniser nos usines pour aller chercher la performance que nous souhaitons » explique le directeur général. Mais le groupe table aussi sur le développement de nouveaux produits à valeur ajoutée qui viendra compléter ses productions de fils machines et de ronds à béton.

Une diversification qui permettra également au groupe de conquérir de nouveaux marchés. « Cette année nous lançons une usine à Nador qui va fabriquer de la fibre d’acier, qui connait un grand succès d’application en Amérique du Nord et en Europe. La chance que nous avons, c’est qu’une grande partie du procédé a été développé de la R&D d’ArcelorMittal. Nous allons fabriquer la fibre d’acier sous la marque ArcelorMittal ‘made in Morocco’ et le groupe nous réserve le marché nord-américain » confie Ismaïl Akalay.

In fine, 80% de la production sera écoulée sur le marché nord-américain. Sonasid commencera cette production sur le site de Nador au T3-2022 et prévoit de produire 12 000 tonnes sur une année pleine.

Le groupe pourra également bénéficier d’une protection supplémentaire face aux produits turcs fortement présents sur le marché marocain et qui tirait vers le bas les prix du sidérurgiste sur son marché national.

Un meilleur positionnement des produits marocains

La situation du marché de la sidérurgie était assez complexe avant la crise. Le pays faisait face à une faible demande locale avec une capacité de surproduction. Qui plus est, le marché était inondé de produits finis turcs qui nivelaient les prix des acteurs locaux vers le bas. Comme nous le confiait Ismaïl Akalay l’an dernier : « sur une consommation nationale d’environ 1,2 million de tonnes de ronds à béton par an et 250 000 à 400 000 tonnes par an de fil machine, en 2019, il y a eu une importation de 295 000 tonnes de rond à béton et de fil machine. L’essentiel de ces produits finis est importé de Turquie, pays avec lequel nous avons un accord de libre-échange (ALE). Les importations turques ont doublé en 2019 par rapport à 2018 ».

Cette année, le groupe n’a pas été en mesure de rehausser les prix de l’acier jusqu’au mois de mai 2021 étant donné que certains produits turcs stockés sur le marché marocain devaient être écoulés. « Nous nous sommes retrouvés dans une situation où les produits importés coutaient plus cher que les produits marocains. Il n’y a pas du tout eu d’importation de ronds à béton par exemple. Deuxièmement, avec la fin de la clause de sauvegarde, s’appliquera la taxe sur les produits turcs donc nous serons protégés sur une durée de 5 ans renouvelables une fois » explique le directeur général du groupe. En effet, la Turquie a conclu avec le Maroc un avenant de l’accord bilatéral de libre-échange. Cet avenant permettra d’appliquer 90% du droit d’importation (36% selon le taux actuel) sur les importations turques du ronds à béton et du fil machine.

En plus de cela, l’optimisation des coûts mise en place par Sonasid pourra contribuer dans une mesure supplémentaire à rendre plus compétitif le groupe à l’international. « D’autres facteurs sont importants, notamment la zone franche africaine (Zlecaf) qui va nous permettre d’exporter le ronds à béton marocain sans payer les 20% de taxe appliquée » précise Ismaïl Akalay. Il s’agit ici d’un marché de 8 millions de tonnes à aller chercher qui permettrait au groupe de saturer ses usines de production et ainsi bénéficier d’un coût de production encore plus faible.

Le groupe dispose également d’un avantage de poids pour pénétrer le marché européen. C’est bien son empreinte verte, déjà élevée, mais que Sonasid compte améliorer pour échapper à la taxe carbone que le marché européen souhaite mettre en vigueur en 2023. « Nous allons monter une station photovoltaïque à Nador avant la fin de cette année qui va nous permettre de passer à plus de 90% d’énergie verte. Nous pourrons ensuite envisager de rentrer sur le marché européen sans subir cette taxe » explique le groupe.

Toutes ces perspectives laissent présager des opportunités intéressantes pour le groupe. Les investisseurs se sont d’ailleurs montré rassurés cette année.

Une flambée en bourse qui trouve son fondement

En YTD, le groupe affiche une croissance de 98,6% de son titre en bourse à 601 dirhams à l’ouverture de la séance du 12 octobre.

Source : leboursier.ma

Mais la valeur est souvent catégorisée comme spéculative par plusieurs observateurs de la place. Pour Ismaïl Akalay, il y a une nuance à apporter. « Je pense que les signaux que nous avons envoyés au marché, comme la réduction de nos coûts, l’amélioration de nos prix de vente et les projets à haute valeur ajoutée ont joué un rôle dans cela » estime le directeur général. Pour lui, la valeur, est simplement mieux comprise par les investisseurs et les analystes au cours du temps. Il est d’ailleurs à rappeler que la valeur fait partie des 5 titres recommandés à l’achat dans le dernier Stock Guide de CFG Bank.

CFG anticipe une hausse de 30,8% du cours à 696 dirhams. « Ils se sont rendus compte que l’action de Sonasid était sous-estimée. Peut être que c’est du au fait que des institutionnels ne se sont pas intéressés à l’action de Sonasid, qui peut expliquer qu’il y ait parfois cet effet yo-yo dans le cours étant donné que le petit porteur a souvent l’objectif de maximiser ses bénéfices rapidement » explique le directeur général.

L’an dernier le groupe a affiché un dividende de 7 dirhams par action. En 2019 aucun dividende n’avait été distribué. Au cours des 10 dernières années, seulement 4 années ont été marquées par la distribution de dividendes. Une politique qui a pour objectifs de changer. « Nous essayons de faire comprendre à nos actionnaires que nous souhaitons maintenir un dividende permanent tout le long de notre activité. Je pense que les institutionnels sont sensibles à cela et plus ils le seront moins il y aura de fortes variations observées sur le titre » conclut le directeur général.

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