Qui est Yalla Xash, la fintech qui a levé 6 MDH avec Maroc Numeric Fund ?

Emir Lallouche, co-fondateur de Yalla Xash
B.B | Le 1/7/2021 à 13:36

Avec son application mobile, la startup permet à ses utilisateurs d’envoyer de l’argent du Canada vers le Maroc instantanément et à très faible coût en éliminant les intermédiaires. La crise du coronavirus a catalysé les envois de fonds sur les derniers mois. Avec la levée de fonds, elle compte s’attaquer aux Etats-Unis qui représentent le tiers des transferts d'argent dans le monde.

Le 30 juin, le Maroc Numeric Fund II (MNF II) annonçait la levée de fonds de 6 millions de dirhams de la startup Yalla Xash. Il s’agit du 4e investissement du MNF II.

Fondée fin 2017 à Montréal, la startup est dirigée par deux entrepreneurs marocains, l’un basé en France et l’autre au Canada. Yalla Xash est une fintech qui opère sur le segment des transferts d’argents depuis le Canada vers le Maroc. L’objectif de la société est de permettre de transférer de l’argent à ses proches et sa famille de façon instantanée, peu onéreuse et sécurisé du Canada vers le Maroc et contrer les systèmes traditionnels de transfert d’argent.

L’idée est initialement venue d’une frustration. Contacté, Emir Lallouche, co-fondateur de Yalla Xash nous explique : « Un ami proche avait besoin d’envoyer de l’argent depuis le Canada vers le Maroc. Pour faire parvenir de l’argent à sa famille, il se heurtait généralement à des barrières tarifaires et également des blocages de transactions pour des raisons de conformité. J’ai toujours trouvé ça étrange que l’on puisse mettre autant de temps pour envoyer des fonds d’un point A à un point B à des tarifs pareils ».

Comment cela fonctionne

Le produit de la startup fonctionne sous forme d’application mobile à télécharger par l’envoyeur sur Google Playstore ou AppStore. Développée dès 2018, le produit a connu un engouement immédiat de la part des marocains basés au Canada ayant besoin de faire des transferts d’argent à leurs familles situées au Maroc.

Le fondateur nous explique le fonctionnement de son application : « L’objectif est de numériser au maximum le démarche pour diminuer le maximum d’intermédiaires. L’argent est envoyé en 30 secondes au destinataire. Concrètement, via l’application, nous avons deux moyens de distribution d’argent différents. Le destinataire peut recevoir l’argent sur son compte bancaire. Cela fonctionne de n’importe quelle banque canadienne vers n’importe quelle banque marocaine. Le second moyen donne la possibilité de retirer en cash la somme envoyée sur un point de distribution ». Un troisième moyen, en cours de développement concerne la gestion à distance d’une carte ou d’un wallet. Il s’agit ici de donner la possibilité de charger une carte prépayée et donner à l’expéditeur la possibilité de créditer la carte pour que le receveur gère ses dépenses sur place.

Dans ce process, seul l’envoyeur utilise l’application pour effectuer les transferts d’argent en renseignant les informations du receveur. Le receveur, de son côté, reçoit une notification par SMS qui lui indique que son compte a été crédité de la somme envoyée ou qu’il doit se rendre en agence pour un retrait en cash. « Nous avons fait cela car nous avons remarqué qu’au Maroc, ce n’est pas tout le monde qui dispose d’un smartphone avec internet, donc le SMS reste le moyen le plus sur de prévenir les gens. Pour une personne non-bancarisée, le retrait en cash peut se faire dans les points de retraits partenaires Barid, BMCE et Wafacash. La personne reçoit un code par SMS et doit également montrer sa carte d’identité pour pouvoir récupérer l’argent en cash » explique Emir Lallouche. La startup, elle, se rémunère avec un tarif fixe sur les transactions plus une partie sur le taux de conversion.

Mais depuis un an, comment la crise du Covid a affecté l’activité de la jeune entreprise ? D’après son dirigeant, un effet positif est observé.

Le marché des transferts d’argent catalysé par la crise

La crise économique s’étant faite ressentir au Maroc, surtout durant la période de confinement avec l’impossibilité pour beaucoup de ne plus aller travailler a affecté les revenus des citoyens. Mais certains ont pu compter sur les envois d’argent de leur famille basée à l’étranger et notamment au Canada.

« Le coronavirus a eu un impact direct sur notre activité. Nous avons observé une augmentation de 35% des volumes de transactions. La crise au Maroc a fait que les gens sur place ont besoin de soutien. Qui plus est, nous avons observé que les moyens numériques étaient privilégiés. Les gens optaient massivement vers des virements sur compte bancaire plutôt que cash pour éviter les déplacements, et les risques de contacts » nous confie le co-fondateur de Yalla Xash.

Autant de facteurs qui ont contribué à concrétiser la levée de 6 millions de dirhams de la startup. En effet, le monde des transferts d’argent croît d’année en année et a connu un boost important en cette période de pandémie où de nombreux immigrés contribuent à aider leurs familles. Désormais, Yalla Xash souhaite étendre son offre aux Etats-Unis.

Une expansion géographique et une hausse des transactions attendues après la levée

Si elle est basée au Canada, les fondateurs ont souhaité lever des fonds au Maroc pour bénéficier du réseau partenaire du MNF II ainsi que de la connaissance du marché marocain. « Notre objectif était de développer une économie africaine et marocaine. Travailler avec un opérateur local était dans notre logique. C’est un accélérateur pour grossir rapidement et avoir des soutiens locaux qui nous permettent d’avoir des entrées fortes au Maroc et en Afrique » explique Emir Lallouche.

L’entreprise souhaite aller vite et conquérir les Etats-Unis, qui représente 33% du marché du transfert d’argent. « Le marché américain envoie de l’argent vers l’Afrique, l’Amérique du Sud et les Caraïbes et ce trend ne fait que croître » explique le co-fondateur de Yalla Xash. Désormais la startup veut se lancer sur ce marché pour déployer les transferts en direction du Maroc et de l’Afrique de l’Ouest d’ici 18 à 24 mois.

Pour ce faire, la startup compte également recruter. « Le fait d’être avec MNF nous permet d’avoir une technostructure au Maroc. A terme, l’ambition est de localiser la technologie dans le pays aussi » explique Emir Lallouche.

Elle compte également acquérir de nouveaux utilisateurs pour augmenter les volumes d’argent passant par l’application. « Il est vital pour nous de drainer du volume car c’est cela qui nous permet d’avoir de meilleurs taux de change et ne pas se faire dicter la loi par les distributeurs. L’objectif est de distribuer un volume conséquent de plusieurs millions de dollars par mois vers le Maroc et d’autres pays africains et d’imposer nos conditions tarifaires. L'acroissement de la base utilisateurs et du volume nous permettra à terme d’offrir un prix de transfert encore plus bas » poursuit Emir Lallouche.

Si l’entrepreneur ne préfère pas dévoiler de chiffre sur son activité, il confie cependant que les volumes annuels en dollars ayant transité par l’application ont été multiplié par 10 chaque année. « Plus on a d’utilisateurs, plus on est rentable. Désormais, nous visons un volume de transferts de 100 à 150 millions de dollars par mois d’ici 2 ans » conclut notre interlocuteur.

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