PLF 2022 : Voici l’analyse de quelques acteurs du marché financier

M.Ett | Le 15/11/2021 à 17:18
Le PLF 2022 a suscité des réactions de la part de quelques acteurs du marché financier. Voici l’analyse d’un membre du directoire d’une société de bourse, ainsi que celle d’Attijari Global Research et de CDG Capital Insight.

Le PLF 2022 intervient dans un contexte économique marqué par les effets de la crise du Covid-19. S’ajoute à cela l’investiture d’un nouveau gouvernement.

Sollicité par LeBoursier, un membre du directoire d’une société de bourse de la place estime « que le PLF 2022 coïncide avec une phase un peu difficile. Cette phase est également marquée par la transition entre deux gouvernements. Pour le moment, on ne voit pas vraiment au niveau du PLF ce qui a été présenté comme projet électoral. Il n’y a pas vraiment de nouveaux éléments qui peuvent générer un impact significatif sur les entreprises ou sur le marché dans sa globalité. Pour le moment, le PLF reste un projet normal ressemblant un peu au projet de l’année précédente, il n’y a pas un grand changement à souligner. Ce projet ne démontre pas vraiment les nouvelles orientations du Maroc ».

Le fait que ce projet « n’apporte pas de nouveauté » est vu comme n’étant « pas vraiment positif, mais en même temps, cela reste compréhensible », par notre interlocuteur qui explique : « Il n’est pas positif parce que les attentes sont grandes. Tout le monde s’attend à ce que ce nouveau gouvernement apporte des solutions aux problématiques de l’économie nationale à travers notamment le volet fiscal. En face, ce projet reste compréhensible parce que le gouvernement n’a pas eu le temps assez de temps pour le remodeler. C’est un projet qui a été initié par l’ancien gouvernement ».

« Mais c’est la mise en place ou bien l’exécution de la Loi de Finance 2022 qui compte ainsi que la présentation du PLF 2023 », conclut-il

>>> Lire aussi : PLF 2022: La réponse de Nadia Fettah aux critiques

L’analyse d’Attijari

Sur le même registre, Attijari Global Research(AGR)  a diffusé une note intitulée « Un texte volontariste… Une prise de risque indispensable » analysant le PLF 2022 dans ses principales dispositions.

Attijari commence par analyser l’évolution de l’économie marocaine au cours de ces dernières années. « L’économie marocaine est sur le point d’entamer un nouveau cycle de croissance. ‘Fidèle’ à un rythme de progression plutôt modeste mais sans grands à-coups lors de la dernière décennie, l’économie marocaine a vécu une réelle sortie de trajectoire avec une récession en 2020 de -6,3% suivie d’une reprise en 2021 avec une hausse de 5,7%.

« Il est fort intéressant de surveiller la nouvelle trajectoire de croissance à ce stade. Avant cela, nous prenons du recul et procédons à l’analyse de la croissance du PIB par paliers de 5 ans. Lors du quinquennat 2015-2019 qui a précédé le choc Covid-19, le rythme de croissance moyen avait décéléré à 3,1%. Cette cadence était légèrement plus soutenue lors de la période 2010-2014 avec une hausse moyenne de 3,7%.

« Pour ses projections 2022E-2024E, le Ministère des Finances projette de renouer avec une dynamique de progression du PIB de 3,7%, comparable à celle relevée lors de la période 2010-2014, avec tout de même des contributions plus qualitatives ».

« Dans ce contexte, l’année 2022 devrait asseoir ces nouvelles bases de croissance », soulignent les économistes.

En ce qui concerne la campagne agricole 2021-2022, les économistes pensent que l’année 2022 dispose d’un effet de base défavorable.

Et d’expliquer : « Pour l’année agricole 2021-2022, le PLF 2022 prévoit une récolte céréalière de 80 MQ, ce qui représente dans l’absolu un niveau légèrement supérieur à la moyenne constatée sous le plan “Maroc Vert” qui se situe autour de 75 MQ. En tous les cas, l’année 2022 dispose d’un effet de base défavorable. Il serait surprenant, au regard des précipitations à la mi-novembre, de surperformer la campagne précédente, durant laquelle la production céréalière avait atteint 102 MQ avec un rendement record de 22,9 Q/Ha ».

Une montée en charge des activités secondaires est attendue. « Alors qu’elle gravitait autour de 3,2% lors de la période 2016-2019, la croissance du PIB non agricole devrait, selon les prévisions du plan triennal 2022E -2024E, s’établir dans un intervalle de [3,5%-4,0%] à horizon 2024. Déjà pour l’année 2022, le PLF prévoit une progression soutenue de 3,7%. Une amélioration qualitative pour la physionomie du PIB qui devrait progressivement puiser sa croissance notamment à travers une montée en charge attendue des activités secondaires ».

Principaux agrégats du Projet de Loi de Finances 2022

« L’équilibre budgétaire… Un exercice à risques face aux impératifs de la conjoncture »

AGR souligne que le budget de l’année 2022 affiche un surcoût de l’ordre de 21 MMDH, soit près de 85% de la hausse du budget général. Cette hausse est liée aux éléments suivants :

> Le coup d’envoi du processus de généralisation de l’AMO pour un montant de 8,4 MMDH ;

> La hausse des salaires reportée de 2021 à 2022 pour un surcoût de 6,5 MMDH ;

> Le soutien des secteurs de la santé et de l’éducation pour 1,8 MMDH ;

> Le report à 2023 du projet de libéralisation du butane concomitant à la hausse du cours du gaz à l’international qui impacte la charge de compensation pour un coût de 3,5 MMDH ;

> L’appui de la relance économique par la dépense publique et particulièrement la réalisation des projets stratégiques (portuaires) et/ou prioritaires (barrages & irrigation).

« Grâce à une maîtrise constante du coût de la dette, la hausse des dépenses du budget général a été contenue à 8%, soit +25 MMDH », indique la société de recherche.

Face à cette hausse, « le PLF 2022 compte particulièrement sur une hausse des recettes d’impôts directs et indirects +29 MMDH. Dans ce contexte, le Trésor n’introduit pas de grandes réformes fiscales mais compte particulièrement sur l’amélioration de la situation sanitaire et la levée des restrictions qui soutiendraient la Demande interne ».

Dispositions fiscales… Simplification des régimes et incitation à l’investissement

« Dans la continuité des principales éditions, les dispositions du PLF 2022 dans sa version initiale, vont dans le sens de la simplification des régimes fiscaux, de l’unification des taux d’impôt, et également de l’incitation à l’investissement.

AGR a dressé un recueil des principales dispositions avec des simulations d’impacts :

> Elimination du caractère progressif de l’IS: A partir de 2022, dès que le bénéfice imposable atteint un seuil déterminé, le taux d’IS serait applicable à l’ensemble du montant sans possibilité de déduction. La déductibilité demeure effective pour le calcul de l’impôt sur le revenu (IR) ;

> « Carotte fiscale » pour l’investissement industriel: Un nouvel effort vient renforcer le dispositif fiscal qui accompagne l’installation d’unités industrielles. Celles-ci devraient bénéficier d’un taux d’IS bonifié de 27% au lieu d’un taux de standard 31% et ce, dans la limite d’un bénéfice de 100 MDH.

> Cotisation minimale à l’IS: Réduction de la cotisation minimale de 0,50% à 0,45% pour les sociétés qui publient un résultat net positif hors amortissement. Autrement, cette incitation profite aux sociétés qui publient un résultat net « insuffisant » du fait qu’elles s’inscrivent dans un cycle d’investissement ;

> Réajustement de la Contribution Sociale de Solidarité: D’un côté, les personnes physiques ne seront plus assujetties à cet « impôt ». De l’autre, les sociétés demeurent assujetties avec des taux qui varient entre 2% et 5% en fonction du niveau du bénéfice net ;

> Généralisation de la Contribution Professionnelle Unique (CPU): Sensée remplacer le régime forfaitaire, cette contribution rassemble l’ensemble des impôts et taxes dus par les professionnels. Ce régime dispense de l’Impôt sur le Revenu (IR).

L’analyse de CDG Capital

Dans une note analysant le PLF 2022 sous le titre « PLF 2022 : une Loi de reprise économique et des réformes sociales », CDG Capital a dressé les conclusions suivantes :

> Le Projet de Loi de Finances (PLF) 2022 regroupe l’ensemble des piliers nécessaires pour la reprise économique post-crise Covid 19, avec une vision stratégique, inspirée des orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et des recommandations du rapport sur le Nouveau Modèle de Développement (NMD), pour une croissance durable et inclusive, ciblant le soutien des secteurs productifs et pourvoyeurs d’emplois stables.

> Le capital humain du Royaume s’affiche au cœur de ce nouveau projet à travers deux piliers (i) l’amélioration des prestations de santé et d’éducation et (ii) l’élargissement progressif de la couverture sociale.

> Les hypothèses de cadrage nous semblent optimistes compte tenu (i) de la dissipation de l’effet de base sur la croissance économique et des effets de la crise sur le pouvoir d’achat des ménages et (ii) des tensions sur les marchés internationaux des matières premières.

> L’État renforce l’effort d’investissement dans le cadre de sa stratégie de relance contracyclique, et ce en se basant sur des prévisions optimistes relatives aux recettes fiscales. Dans ce contexte, le déficit public est prévu en quasi-stabilité en nominal autour de 73 MrdDH et en léger recul de 0,3% à 5,9% du PIB.

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