Minières : Des pressions haussières sur les métaux de base et baissières sur les métaux précieux en 2022

B.B | Le 8/12/2021 à 16:31
Avec la reprise économique globale amorcée et l’inflation croissante, les banques centrales entrent dans une stratégie de durcissement monétaire. Cela pourrait conduire le dollar à la hausse et pourrait à moyen terme impacter négativement le cours des métaux précieux. La forte demande sur les métaux de base pour accompagner la reprise économique maintient les prix à la hausse. Quelles répercussions pour les minières marocaines ?

En 2020, la crise sanitaire avait fortement impacté le marché casablancais, mais le secteur minier avait bien sorti son épingle du jeu, porté par un bon effet prix sur les métaux précieux, notamment l’Or et l’Argent qui affichait des hausses spectaculaires (respectivement +23% pour l’or et +37% pour l’argent) entre mars et début novembre 2020. Le secteur clôturait l’année 2020 en bourse sur une hausse de 14,03% alors que le MASI lâchait 7,27%.

En temps de crise, ces valeurs sont considérées comme refuge et connaissent une forte demande. Qui plus est, en période de crise, la politique monétaire accommodante de la FED a contribué à faire baisser le dollar et impacter positivement le cours des métaux précieux. Une source du marché nous confiait sur le sujet dans un précédent article fin 2020 : « Il faut rappeler qu’il y a eu des plans de financement et d’injections massives de liquidité aux États-Unis de l’ordre de 2.000 milliards de dollars. Cela a été défavorable à la monnaie américaine. Tous ces plans budgétaires pour accompagner les phases de reconfinement sont autant de facteurs favorables à la hausse de la valeur des métaux précieux ».

Mais désormais, avec la bonne progression de la campagne de vaccination, le redémarrage global de l’économie et l’inflation croissante, les banques centrales adoptent un cap de durcissement monétaire. « C’est le cas de la part de la Fed notamment, qui a diminué de l’ordre de 15 milliards de dollars ses rachats d’actifs depuis le mois de novembre. Cela pourrait avoir un impact à terme sur le cours des métaux précieux à cause des pressions haussières que le durcissement provoque sur le dollar » nous explique une source de la place. En effet, un fort risque inflationniste plane sur les marchés avec un record depuis 30 ans de 5% à 6% aux Etats-Unis induit par la hausse des matières premières.

Cette hausse du dollar pourrait impacter négativement à moyen terme le cours des métaux précieux et in fine, certaines minières de la cote. Mais les métaux de bases eux, profitent largement de la forte demande mondiale.

SMI principalement concerné par la baisse du cours de l’argent

Parmi les grande minières de la place que sont Managem, Société Métallurgique d’Imiter (SMI) et Compagnie Minière Touissit (CMT), la SMI est celle qui est le plus exposé à la variation des cours des métaux précieux. Cette filiale de Managem opère uniquement sur l’Argent.

« Sans prendre en compte l’évolution des facteurs de production, mais en se basant uniquement sur l’effet prix, l’évolution des cours de l’Argent pourrait connaitre à moyen terme des pressions baissières compte tenu de la hausse du dollar observable depuis novembre » explique notre interlocuteur. D’ailleurs depuis le début de l’année, le cours de l’argent a baissé de 13,5% pour atteindre 22,9 dollars l’once à fin novembre. Il est à rappeler qu’au pic du cours atteint en août 2020, en plein contexte de crise sanitaire, l’once d’Argent s’échangeait à 29,53 dollars.

Une partie des activités de Managem pourrait également être impactée. Il s’agit des activités aurifères. En effet, en YTD, l’once d’Or a diminué de 5,6% pour atteindre 1.774 dollars l’once à fin novembre. Avec les politiques de resserrement monétaire qui pourrait être néfastes envers les cours des métaux précieux, des pressions baissières pourraient encore être observées à moyen terme.

L’autre dynamique observable dans ce contexte de durcissement monétaire, est la bonne tenue des cours des métaux de base, catalysée par la relance économique et la forte demande mondiale.

La hausse des métaux de base se poursuivra et contribuera aux revenus de CMT et Managem

Malgré ces politiques des banques centrales tendant à devenir de moins en moins accommodantes, les métaux de base continueront à moyen terme à bénéficier d’une évolution favorable de leurs cours.

Cela est causé par différents facteurs dont les politiques de relance portées depuis plusieurs mois et ayant permis un redémarrage des investissements et de la croissance. « Il faut signaler que les métaux de bases font face à des perspectives d’évolutions économiques très importantes. Cela signifie une hausse des investissements pour accompagner la croissance. Dans ce cadre, le cuivre, le plomb et le zinc sont des baromètres de l’économie. Rappelons également que l’économie chinoise en redémarrage, consomme à elle seule, la moitié de l’offre globale des métaux de base » explique notre source.

Qui plus est, cette forte demande en métaux de base visant à accompagner la croissance est également accompagnée de grande difficultés d’approvisionnement rencontrés à l’échelle mondiale. Notamment sur le plan logistique. « Depuis le début de la pandémie, l’offre connait des tensions baissières. Cela vient du fait qu’elle est marquée par les perturbations logistiques connues dans le secteur des mines du monde entier. Le coût du fret a également considérablement augmenté, donc il y a de vraies contraintes à ce niveau actuellement. Cela créé donc une perturbation visible entre l’offre et la demande et une perspective positive au niveaux des cours des métaux de base » explique notre interlocuteur.

In fine, les minières comme Managem ou CMT, qui détiennent des portefeuilles principalement orientés sur les métaux de base, devraient continuer de bénéficier d’une bonne dynamique sur leurs revenus. A fin septembre 2021, le groupe Managem affichait une hausse de 45% de son chiffre d’affaires à 5 097 millions de dirhams par rapport à la même période l’année précédente. Concernant CMT, si son chiffre d’affaire a affiché une baisse de 17% sur la période à cause d’un décalage d’expédition de marchandises, le groupe a noté une appréciation des cours des métaux de bases sur la période.

Depuis le début de l’année, les métaux de base comme le plomb, le cobalt ou le cuivre ont connu des hausses respectives à fin novembre de 19%, 100,6% et 24%.

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