Maroc : La reprise de l’économie post-pandémique reste incertaine selon S&P

B. B. | Le 8/9/2021 à 16:15
Pour l’agence de notation américaine S&P, la reprise de l’économie marocaine sera conditionnée par la dissipation des effets de la pandémie sur l’économie et celles de ses partenaires. Les banques verront une détérioration de la qualité de leurs actifs conduite principalement par l’exposition des PME, de l’industrie du tourisme et de l’immobilier sur les 2 prochaines années. La notation souveraine ne changera pas à court terme.

L’agence de notation américaine S&P Global Ratings a livré, dans un webinaire tenu ce 8 septembre, un regard sur les économies de la région MENA (Moyen Orient et d’Afrique du Nord). Six pays ont été passés à la loupe, à savoir : la Tunisie, l’Egypte, le Maroc, les Emirats Arabes-Unis, l’Arabie Saoudite et le Qatar.

L’agence a évoqué les différents effets de la pandémie sur les économies de la région, les redressements attendus et les perspectives quant aux notations souveraines. Elle a également fait le bilan des performances et attentes des banques dans la région.

Globalement, l’économie de la région MENA a été impactée de manière assez similaire à la moyenne mondiale l’an dernier. Désormais, le bilan est que la croissance économique des pays de la région est encore gouvernée par le virus. Bien qu’ayant bénéficié d’un rebond économique à partir du troisième trimestre 2020, les variants ont perturbé le chemin de la reprise. « Le rythme du rebond est insuffisant pour ramener ces économies à leur PIB d’avant la pandémie trajectoires d’ici 2024 » explique l’agence dans un rapport concomitant au webinaire.

Concernant le Maroc, la note souveraine qui a déjà été revue à la baisse (BB+/B) par S&P en avril dernier à cause de la hausse du déficit budgétaire et de la récession, en raison de l’impact de la crise pandémique mondiale sur l’économie, ne changera pas à court terme. Voici ce qu’il faut retenir.

Les symptômes de la pandémie seront présent au long terme

Il est à noter que le Maroc sort d’une double peine économique en 2020. Premièrement, les impacts évidents de la crise engendrée par la pandémie, mais également la sécheresse ayant pénalisé l’économie en 2020. Cette année, une excellente récolte est prévue avec plus de 103 millions de quintaux. Cela contribuera au rebond économique du pays, à un niveau de croissance plus élevé que la moyenne des 6 pays de la région MENA (2,5% en 2021 selon S&P, ndlr).

Dans un document utilisé durant le webinaire, S&P explique : « Le Maroc, qui sort d’un double coup dur l’année dernière porté par la COVID-19 et la sécheresse, augmentera probablement sa croissance de PIB à 5 % cette année et une croissance moyenne de 3,7 % au cours des trois prochaines années. Une récolte exceptionnelle a permis au PIB réel d’augmenter de 6,3 % (en glissement annuel) au premier semestre 2021. Mais le récent retour à des réglementations COVID-19 plus strictes au milieu de la vague d’infections la plus meurtrière à ce jour signifie un ralentissement de la reprise au cours des prochains mois ». D’après les projections de croissance sur les différents pays de la région MENA, S&P anticipe un PIB marocain en hausse de 3,9% en 2022 et 3,6% en 2023 et 2024.

Néanmoins, le Maroc demeure exposé à des problématiques au long terme à cause de la pandémie. Cela concerne notamment des difficultés supplémentaires sur l’activité touristique dont dépend en partie l’économie nationale. Dans ce sens, l’agence note que « les activités liées aux hôtels et restaurants étaient de 26 % inférieures aux niveaux prépandémiques en Égypte au premier trimestre 2021 et de 57 % inférieures au Maroc » note S&P.

Ralentissement des crédits et hausse des créances douteuses en vue

Les performances des finances publiques diffèrent fortement entre les pays de la région Moyen-Orient et ceux d’Afrique du Nord. Au Moyen-Orient, le pétrole supporte fortement les finances publiques des pays du GCC ce qui n’est pas le cas en Afrique du Nord.

Avec les répercussions budgétaires de la pandémie, S&P explique : « Au Maroc, nous nous attendons à ce que le déficit des administrations publiques baisse à 4,6% du PIB en 2024 contre 7,7% du PIB en 2020 grâce à la hausse des recettes et à la réduction de la masse salariale publique. Néanmoins, nous nous attendons à ce que les déficits en cours portent la dette publique nette à plus de 70 % du PIB en 2024 » explique l’agence.

Pour S&P, la relance sera principalement soutenue par le plan de relance économique évalué à 11% du PIB. « La reprise dépend du moment où les effets de la Covid-19 au Maroc et chez ses principaux partenaires commerciaux s’atténuent » explique l’agence de notation.

Au niveau bancaire, l’institution américaine table sur un ralentissement du rythme de distribution des crédits pour le reste de l’année. Une situation qui s’expliquent notamment par la fin des mécanismes de soutien de l’Etat aux petites et moyennes entreprises. « En 2021, nous nous attendons à ce que la croissance du crédit s’essouffle. Les programmes de prêts garantis par l’État se terminent. Nous prévoyons que les efforts de réduction des coûts des banques se poursuivront, ce qui compensera en partie l’impact de la contraction des marges et de la baisse des volumes de crédit sur les bénéfices nets » explique S&P.

Dans le même temps, une détérioration progressive de la qualité des actifs est anticipée. La part des créances douteuses dans l’ensemble des crédits distribués passera selon S&P de près de 8% en 2020 à près de 10% en 2022. Pour S&P, « les expositions des secteurs du tourisme, les PME et le secteur immobilier contribueront le plus à cette tendance ».

Avec le choc absorbé par le secteur bancaire depuis le début de la crise, S&P note : « Nous ne nous attendons pas à des acquisitions majeures courant 2021, car les banques digèrent encore les effets de la pandémie et intégrer les accords passés » conclut l’agence, notant que la dernière décennie a vu une forte expansion des banques marocaines en Afrique Subsaharienne.

 

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