L’Afrique entre risques climatiques et faibles capacités de financement

M.Ett | Le 24/11/2021 à 15:08
Les pays Africains font face à des besoins financiers importants pour remédier au problème du changement climatique. Voici quelques chiffres appuyant ce constat, tels que présentés par Mounssif Aderkaoui, directeur des études et des prévisions financières au ministère de l'économie et des finances, lors de la conférence annuelle de l’ASEA.

Les enjeux climatiques et l’importance des financements nécessaires pour y faire face ont été discutés lors de la conférence annuelle de l’African Securities Exchanges Association (ASEA), arbitrée en ligne, les 24 et 25 novembre 2021, par la Bourse de Casablanca.

Cette 24ème édition des Conférences annuelles de l’ASEA est placée sous le thème « Les marchés financiers, moteurs essentiels de l’émergence de l’Afrique». Les travaux de la conférence ambitionnent, à travers différents panels, de donner des réponses à de multiples questions stratégiques relatives au développement des marchés financiers africains en particulier et à la croissance économique du continent en général.

A cette occasion, Mounssif Aderkaoui, directeur des études et des prévisions financières au ministère de l’économie et des finances, a animé un panel intitulé « L’Afrique à l’épreuve du changement climatique : quels enjeux et défis de financement ? ».

Mounssif Aderkaoui a dressé un état des enjeux climatiques en Afrique, et des financements qui doivent être mis en place afin d’y faire face.

Tous les pays Africains sont engagés dans cette cause. « Les 54 pays africains ont signé l’Accord de Paris et soumis des Contributions déterminées au niveau national (CDN) ambitieuses », a-t-il souligné.

En face, les besoins de financement estimés pour les principales CDN en Afrique, sur la base de l’Africa CDN Hub, dépassent 1.100 milliards de dollars pour la période 2020-2030. Ce montant comporte 68 % pour l’atténuation et 32 ​​% pour les projets d’adaptation, d’après les chiffres partagés par Mounssif Aderkaoui.

En termes de secteurs, deux grands secteurs représentent plus de la moitié des besoins financiers de l’adaptation. Ces secteurs sont l’agriculture et l’eau.

A noter que les besoins d’adaptations sectorielles pour les cinq principaux secteurs prioritaires comprennent l’eau, la santé, l’énergie et la biodiversité et les écosystèmes.

Les besoins de financements climatiques dépassent les capacités des pays. « Les pays africains ont des besoins financiers importants pour faire face au changement climatique. Mais les capacités de financement locales, qu’elles soient de la sphère publique ou privée, sont très limitées », soulevé-t-il.

Bien évidemment, la crise du Covid-19 a également joué un rôle dans l’affaiblissement des capacités financières de pays. « De plus, ces capacités de financement ont été considérablement réduites par Covid-19. Près de la moitié des États africains ont une dette du Trésor en % du PIB qui dépasse 55% », indique-t-il.

« Pour toutes ces raisons, l’accès aux financements est crucial pour les pays africains afin de faire face au changement climatique et aussi pour bénéficier des opportunités liées aux transitions vertes », insiste-t-il.

L’Afrique a la part la plus faible des financements climatiques au monde

Les pays africains ont une part très faible des financements climatiques mondiaux (publics et privés inclus) ne dépassant pas 5% en 2019-2020, soit la part la plus faible au monde, avec une prédominance des financements publics en Afrique subsaharienne avec une part de 90% des financements climat en 2019-2020.

« Mais si on se concentre spécifiquement sur les financements climatiques publics, on trouve que la part de l’Afrique a augmenté pour devenir plus importante, en se situant autour de 24%. Cela  place notre continent à la deuxième position après l’Asie en termes de financement public climatique », indique-t-il.

Et d’ajouter : « Lorsque nous ventilons ces chiffres par pays, nous remarquons qu’il existe quatre principaux pays africains qui sont les plus grands bénéficiaire des engagements de financement climatique. II s’agit principalement de l’Égypte, le Maroc, le Kenya et l’Éthiopie ».

Dans le détail, L’Égypte a bénéficié de 9,5% des engagements de financement du développement liés au climat sur la période 2010-201, suivie du Maroc (9%), du Kenya (7%) et de l’Éthiopie (6%).

Deux grands secteurs captent plus de la moitié des engagements de financement climatique en Afrique, principalement l’énergie et l’agriculture.

L’énergie est le premier secteur à bénéficier des engagements de financement climatique en Afrique avec une part de 26% sur la période 2010-2019. Viennent ensuite l’agriculture, la sylviculture et la pêche avec une part de 18%.

« En termes d’instruments de financements climatiques, deux mécanismes majeurs sont utilisés pour canaliser les financements climat vers les pays africains. Ces instruments sont les subventions et les dettes », poursuit-il.

Les financements climatiques sont dominés par les instruments de dette avec 50% des engagements sur la période 2010-2019, suivis des dons (48% des engagements sur la même période).

A noter que l’Afrique est la première région à bénéficier de dons dédiés au climat, avec une part de 36%.

Voici la retransmission (en anglais) de l’intervention de Mounssif Aderkaoui (à partir de 1:50:38)

                 

 

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