Banques : le FMI appelle à la création d’un marché secondaire des créances en souffrance

Hayat Gharbaoui | Le 12/12/2021 à 17:28
La hausse des créances en souffrance dans le secteur marocain inquiète. Le FMI recommande l'accélération de la mise en place d'un marché secondaire de la dette en difficulté. Les autorités marocaines travaillent déjà sur ce projet qui nécessite de relever plusieurs défis.

A l’issue de sa mission au Maroc, le FMI a livré une évaluation de la situation économique où il fait un focus sur la situation du secteur bancaire, lors d’une conférence de presse organisée ce vendredi 10 décembre.

Roberto Cardarelli, chef de mission du FMI au Maroc, a expliqué que « Bank Al-Maghrib (BAM) a maintenu ses taux directeurs inchangés, une orientation monétaire accommodante que nous soutenons ».

Sur la situation du secteur bancaire, M. Cardarelli a avancé que « les banques marocaines ont bien résisté à la crise, grâce au soutien rapide et exceptionnel de BAM. Les services du FMI saluent la décision de BAM de lever la plupart des mesures prudentielles introduites pour soutenir le secteur bancaire pendant la crise pandémique ».

« BAM devrait continuer à veiller à ce que les banques continuent de se provisionner contre les prêts douteux, tout en accélérant le développement d’un marché secondaire pour les créances en souffrance », ajoute-t-il.

En réponse à une question de Médias24 sur les pré-requis pour la mise en place d’un marché secondaire des dettes douteuses, Maximilien Queyranne, Senior Economist au FMI en charge du secteur monétaire et financier avance qu’il y a eu « une augmentation significative des créances en souffrance dans le bilan des banques. Cela dit, compte tenu de l’ampleur de la crise, on aurait pu avoir une situation bien plus détériorée ».

« Les banques doivent d’abord provisionner le risque et, après, gérer ce portefeuille de créances en souffrance. Pour ce faire, il y a trois principaux leviers pour ce faire », poursuit-il.

« Il y a d’abord, le recouvrement judiciaire. Ensuite, la radiation des créances en souffrance. Et enfin, le marché secondaire des créances en souffrance. Cet ensemble de dispositif pourrait permettre aux banques de créer suffisamment d’espace dans leur portefeuille pour soutenir la demande de crédit et l’économie », explique Maximilien Queyranne qui confie que « le gouvernement et Bank Al Maghrib sont en train de travailler de manière déterminée pour créer ce marché ».

Mais la mise en place de ce marché secondaire nécessite de relever plusieurs défis et lever plusieurs freins. « Il y a des sujets juridiques à régler pour permettre la cession de ces créances. Il y a aussi des sujets d’ordres fiscaux à résoudre, notamment comment traiter la moins-value lorsqu’une banque cède ses créances ? », détaille le Senior Economist au FMI en charge du secteur monétaire et financier.

Et de poursuivre, « il y a aussi les questions relatives à l’existence même de ce marché, la professionnalisation des structures de recouvrement, et le fait d’attirer des investisseurs sur ce type d’opération ».

« Je crois que c’est une réforme importante pour le Maroc qui permettra de soutenir l’économie et la relance », conclut-il.

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