Des experts favorables à un marché secondaire des créances bancaires en souffrance

B.B. | Le 13/12/2021 à 16:00
Le FMI a récemment recommandé la création d’un marché secondaire des créances en souffrance. Si la méthode d’application est encore inconnue, les professionnels du secteur y sont favorables. Cela permettrait aux banques de récupérer au moins une partie des créances douteuses et d’éviter de longues procédures judiciaires avec leurs clients. Le bilan des banques s’en verrai renforcé et la capacité de financement augmentée.

A l’issue d’une mission au Maroc, le Fonds Monétaire International (FMI) a prévu une croissance économique de l’ordre de 6,3% dans le royaume cette année. Si les conclusions de l’instance sont globalement très positives quant à la relance de l’économie marocaine, le FMI a toutefois souligné la progression significative des créances en souffrance dans le secteur bancaire. Il a même recommandé à terme, la création d’un marché secondaire.

Mais premièrement, comment ont évolué les créances en souffrance depuis le début de cette année ?

A fin octobre 2021, les créances en souffrance augmentaient de 7% sur une année glissante

Selon les derniers chiffres de Bank Al Maghrib, à fin octobre, les créances en souffrance se sont établies à 85,1 milliards de dirhams. Ces dernières ont connu une hausse de 4,6% entre fin janvier 2021 et fin octobre 2021. Sur une année glissante, donc par rapport à fin octobre 2020, la progression des créances en souffrance s’élève à 6,9%, soit 5,5 milliards de dirhams.

Dans le détail des chiffres disponibles à fin octobre, les créances en souffrance des ménages atteignent 36,7 milliards de dirhams en hausse de 9,4% par rapport à fin octobre 2020. Celles des entreprises ont atteint 47,35 milliards de dirhams en progression de 5,8% par rapport à fin octobre 2020.

Dans un document de recherche publié le 17 novembre dernier, CDG Capital dressait les performances des banques et leur bonne reprise cette année. La société de recherche a également rappelé qu’en 2020, le taux d’impayé atteignait 8,4%. Cette année, CDG Capital l’anticipe à 8,7%. « Cette hausse limitée traduit à notre sens l’évolution positive des indicateurs macro-économiques couplée à l’assouplissement progressif des mesures contre la Covid-19, suite à une campagne de vaccination réussie » expliquait la société de recherche.

Mais à la longue, cette situation pourrait empirer. Dans un note diffusée début septembre, l’agence de notation américaine Standard & Poor’s (S&P) notait que les banques marocaines verront une détérioration de la qualité de leurs actifs conduite principalement par l’exposition des PME, de l’industrie du tourisme et de l’immobilier sur les deux prochaines années. Cette détérioration progressive amènera la part des créances douteuses dans l’ensemble des crédits distribués de 8% en 2020 à près de 10% en 2022, selon S&P.

Contacté, M’Fadel El Halaissi, directeur général délégué chez Bank of Africa confie: « le secteur bancaire fait face à une hausse des impayés. Suite aux répercussions du Covid, cette hausse est naturelle, nous nous y attendions. La situation n’est pas catastrophique, mais elle est inquiétante, car il n’y a pas encore des mesures pour endiguer et limiter ces dégâts ».

Dans ce contexte, le FMI a dressé différentes options pour encadrer la hausse des créances en souffrance au Maroc.

Des experts favorables à la mise en place d’un marché secondaire des créances en souffrance

« BAM devrait veiller à ce que les banques continuent de se provisionner contre les prêts douteux, tout en accélérant le développement d’un marché secondaire pour les créances en souffrance », expliquait Roberto Cardarelli, chef de mission du FMI au Maroc. D’ailleurs, Maximilien Queyranne, Senior Economist au FMI en charge du secteur monétaire et financier a confié que « le gouvernement et Bank Al Maghrib sont en train de travailler de manière déterminée pour créer ce marché ».

Ce moyen permettrait aux banques d’éviter les voies souvent fastidieuses du recouvrement judiciaire et des procédures pouvant prendre jusqu’à une dizaine d’années. Un marché secondaire consiste, in fine, à externaliser le processus de recouvrement en mettant sur le marché des créances en souffrance adossée à des garanties. L’idée est que des investisseurs (il s’agit généralement des fonds d’investissements, ndlr) rachètent avec une décote la dite créance (généralement de la créance corporate, ndlr), avant de poursuivre le processus de recouvrement de leur côté et de revaloriser l’actif afin de le revendre. Il pourrait permettre aux banques de limiter leurs pertes et de réinjecter les montants d’argent immobilisés dans l’économie. « Il est important de protéger les épargnants, mais il faudrait permettre au marché d’être un peu plus fluide. Il y a des fonds d’investissements qui ont de l’appétit aujourd’hui pour racheter ces créances en souffrances décotées » explique M’Fadel El Halaissi.

Une manière qui pourrait permettre aux banques de sécuriser une partie des créances en souffrance. « La banque pourrait vendre une partie de son portefeuille de créances en souffrance avec une décote de 30% ou 40% par exemple. Ce qui lui permettrait de récupérer ce montant immédiatement pour le réinjecter dans un marché qui peut produire 4% ou 5% par an. Cela vaut mieux que de passer plusieurs années de contraintes judiciaires pour pouvoir obtenir un jugement et encaisser l’argent » explique notre interlocuteur. Cette méthode est donc intéressante pour mitiger les risques de perte et assainir les bilans des banques.

Une version corroborée par un autre banquier de la place. « Si nous arrivons à lancer un marché secondaire des créances en souffrance, ce serait très bien. Aujourd’hui, la seule voie pour faire face à cette situation, c’est d’aller au contentieux avec le client, de récupérer des garanties, sans toutefois avoir la certitude de les vendre. Externaliser ce process compliqué est un atout car cela rend plus solide le bilan des banques et libère de la capacité de financement pour l’économie » explique-t-il. Mais les interrogations demeure sur la méthode de déploiement. « La véritable question désormais, c’est comment y arriver ? Quels outils mettre en place ? Quelles conditions ? Il y a également des questions relative aux procédures judiciaires » conclut notre source.

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