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Frappées par la crise, les sociétés de crédit à la consommation font face à une conjoncture complexe. Entre demande exsangue de crédits personnels, chute drastique des ventes automobiles et augmentation du risque d’impayés, Salafin témoigne du changement de paradigme en cours et des incertitudes qui régissent désormais le secteur.

 

Reprise de la distribution de crédits chez Salafin dans un contexte teinté d'incertitude

 | LE 21-07-2020 17:22
Frappées par la crise, les sociétés de crédit à la consommation font face à une conjoncture complexe. Entre demande exsangue de crédits personnels, chute drastique des ventes automobiles et augmentation du risque d’impayés, Salafin témoigne du changement de paradigme en cours et des incertitudes qui régissent désormais le secteur.

En pleine crise du coronavirus, les établissements de crédits à la consommation font face à un marché aux dimensions inédites. D’une part, ces derniers ont fait et feront face à une demande de crédits à la consommation non affectés (crédits personnels) plus fragilisée qu’en 2019, et d’autre part, la faiblesse des ventes de voitures vient engendrer une forte chute dans l’octroi des crédits auto.

Salafin, filiale de Bank of Africa, a déjà constaté un recul de son activité au T1 2020. Dans son communiqué trimestriel, la société affichait un recul global de 8% dans ses octrois de crédits. Même si la distribution de crédits personnel à hauteur de plus de 175 millions de dirhams, en hausse de 6,1% par rapport au T1 2019, la firme a pâti de la chute des ventes automobiles.

En effet, si sur le T1 2020, les ventes automobiles ont reculé de 20% au Maroc, l’octroi des crédit automobiles de Salafin a emboité le pas avec une diminution de près de 22%.

A fin juin, la situation devrait être pire. Même si les résultats semestriels ne sont pas encore disponibles, les trois mois de confinement ont lourdement fait chuter la distribution de crédits personnels et automobiles, comme en témoignent les statistiques des ventes de voitures à fin juin.

Léger redémarrage post-confinement

Malgré cette chute, Aziz Cherkaoui, directeur général de Salafin, rassure quant à la reprise observée depuis quelques semaines. « Les choses ont bougé après le déconfinement. Une reprise a été enregistrée à partir de la mi-juin et s’est confirmée en juillet. Mais pour tirer des conclusions sur la fin de l’année c’est probablement trop tôt », explique-t-il au Boursier.

Car si un trou d’air a bel et bien été vécu durant la période de confinement, la reprise engendrée par le déconfinement résulte de la concrétisation des achats reportés, beaucoup moins d'une nouvelle demande. « Les achats qui devaient se dérouler sur le 2e trimestre 2020 ont été réalisés pendant la période post-confinement. Ils ont donc été concrétisés pendant les dernières semaines et cela a impacté positivement l’activité commerciale en terme de distribution de crédits et de ventes automobiles », explique le directeur général. Concernant l’activité des prêts non affectés, Aziz Cherkaoui décrit la même dynamique, « au niveau des prêts personnels, le déconfinement aidant, il y a eu un accroissement de souscription de crédits, donc il y a un effet positif sur l’activité commerciale lors de cette reprise ».

Visibilité restreinte et provisionnement en hausse

Cependant, le dirigeant reste pragmatique sur l’incertitude régnant sur le marché. « Nous n’avons pas beaucoup de visibilité. Il est très complexe de savoir comment va réagir la demande d’ici la fin de l’année, je ne pense pas qu’il y ait quelqu’un qui puisse vous dire comment les choses vont clairement se passer ». Mais s’il est impossible de savoir comment la demande va se comporter dans le futur, des répercussions se font déjà sentir chez l’établissement de crédits. « Les conséquences de la crise sont actuellement en train d’être observées » nous confirme Aziz Cherkaoui. « Il y a des pertes définitives d’emplois chez nos clients, pour d’autres, un repositionnement sur le marché de l’emploi… Ce n’est pas simple et la situation est clairement inédite » déplore-t-il.

Les répercussions de la crise économiques sur les emprunteurs se manifestent autrement sur l’activité de l’entreprise, notamment sur les impayés et l'aggravation du niveau de provisionnement. « Il y a un décalage de 3 mois sur les activités de recouvrement qui ont quasiment été gelées durant la période de confinement. Les impayés sont en forte progression malheureusement. Mais il faut dire que c’était attendu », confie le directeur de Salafin. Une situation qui pousse naturellement la société à provisionner. Sans divulguer de chiffres, Aziz Cherkaoui nous annonce, « il est évident que le niveau de provisions de Salafin a augmenté sur ces derniers mois. Il y a une forte variation et elle était attendue. Elle concerne d’ailleurs tout le secteur. Quand la part des impayés augmente, naturellement, les provisions vont de paire ».

Dans sa note trimestrielle, la société avait déjà alerté sur « une détérioration à fin mars des niveaux d’impayés et des indicateurs de gestion de recouvrement ». Elle annonçait également que « de nouveaux process d’accompagnement de la clientèle en difficultés ont été élaborés et sont en cours d’implémentation en vue d’atténuer la détérioration de la gestion du risque. Les effets positifs de ces mesures pourraient commencer à se faire sentir à compter de T3/2020 ».

Mais malgré le stress financier que subit Salafin sur les paramètres suscités, le directeur général nous informe que concernant le refinancement de la société permettant d’octroyer les crédits à sa clientèle, « il n’y a pas de tension sur la trésorerie actuellement, nous avons les ressources nécessaires et nous pouvons les mobiliser ».

D’un point de vue boursier, la situation tendue a engendré une baise du cours de l'action de la société. Le jour de la détection du premier cas de coronavirus au Maroc, le 2 mars, l’action culminait à près de 800 dirhams. Le 29 mai, elle affichait son plus bas niveau à 515 dirhams, soit une chute de 35%. Actuellement, elle est remontée à 589 DH, toujours loin des 800 DH d'avant crise.

Graph SALAFIN P

Pour un analyste financier, « la dégradation du profil de risque des clients est bien là. Dans la conjoncture actuelle, quelqu’un qui était solvable hier ne l’est pas nécessairement aujourd’hui. Pour cela l’entreprise doit provisionner pour faire face aux impayés potentiels ». Il poursuit, « c’est un phénomène qui tire la rentabilité de la société vers le bas et c’est ce qui expliquerait la chute de Salafin en bourse ces derniers mois ». 

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