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Bourse : en dix ans, le marché casablancais n’a évolué que 6,90% !

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On dit que les placements en actions ne peuvent être que gagnants sur le long terme. De 2009 à 2019, ce principe se vérifie pour la Bourse de Casablanca. Mais si la progression est positive, elle reste très timide. Comment interpréter cette tendance ? Quelles sont les valeurs qui ont cartonné sur cette décennie ? Zoom.

On dit que les placements en actions ne peuvent être que gagnants sur le long terme. De 2009 à 2019, ce principe se vérifie pour la Bourse de Casablanca. Mais si la progression est positive, elle reste très timide. Comment interpréter cette tendance ? Quelles sont les valeurs qui ont cartonné sur cette décennie ? Zoom.

En l’espace de dix ans, le MASI n’a gagné que 6,90%, en passant de 10.576,98 points au 2 janvier 2009 à 11.306,19 points pendant la même période de l'année 2019. Le principal indice de la cote casablancaise oscille actuellement autour des niveaux observés quelque temps après la crise financière de 2008. (Voir graphique ci-dessous)

Evolution du MASI (10 ans)

 

La capitalisation boursière, elle, est passée de 511,80 MMDH à 580,33 MMDH, soit une hausse de 13,38% entre 2009 et 2019. Le surplus par rapport à l'évolution du MASI provient des introductions en Bourse et des augmentations de capital réalisées par certaines sociétés cotées, retraitées bien évidemment des sorties opérées par certaines valeurs (ONA, SNI, CGI...).

 ‘’L’évolution du MASI ces dix dernières années est tout à fait normale, vu l’énorme déconvenue de plusieurs secteurs qui portaient la bourse , spécialement l’immobilier. On s’en sort donc bien avec 7% de hausse’’, commente un professionnel de la place, préférant s'exprimer sous couvert d'anonymat.

Noufel Aouragh, analyste financier chez MSIN, pense pour sa part qu’il faut distinguer entre deux grandes phases afin de bien analyser l’évolution de la bourse durant ces dix dernières années.

2009 - 2014 : les dégâts de la crise financière mondiale ont persisté

Ravagée par la crise financière mondiale des années 2007 et 2008, l’économie marocaine n’a pas pu se redresser facilement. La période post-crise financière n’était pas favorable pour l’investissement en bourse.

‘’Après la forte tendance haussière entamée depuis 2003, l’indice global de la bourse de Casablanca s’est engagé dans une phase de correction baissière, affichant une baisse de 22% entre 2008 et 2014’’, indique Noufel Aouragh.

Selon lui, cette régression s’explique par :

- La conjoncture économique difficile causée en grande partie par la crise financière;

- La régression de la capacité bénéficiaire de la place;

- L’aggravation du déficit budgétaire qui a atteint près de 7% en 2012, suite à la hausse des prix de pétrole à l’international et l'explosion qui s'en est suivie des charges de la compensation.

‘’Cette évolution défavorable de finances publiques a été à l’origine de la hausse des taux des bons de Trésor. Le taux des BDT sur 10 ans est passé de 4,8% en 2012 à 5,6% en 2013. Ce qui s'est traduit par une opportunité d’arbitrage en faveur du marché des taux‘’, commente Noufel Aouragh.

Et de poursuivre : ‘’la sortie de deux grandes capitalisations de la bourse en 2010, à savoir l’ONA et la SNI, s’est faite également ressentir‘’.

Par conséquent, ‘’le marché marocain a été déclassé de l’indice MSCI Emerging Markets, vers le Frontier Markets en 2013, à cause de l’érosion de la volumétrie’’, rappelle-t-il.

2014 – 2018 : un léger redressement de l’économie, suivi par des cycles de correction à la bourse

‘’Entre 2014 et 2018, la conjoncture économique s’est légèrement redressée, le déficit budgétaire s’est amélioré en passant de 6,8% en 2012 à 3,4% en 2017. Aussi, la masse bénéficiaire globale s’est appréciée en 2016 et 2017 après cinq années consécutives de baisse.’’

Et d’ajouter : ‘’la bourse n’a notifié une vraie reprise qu’en 2016, année pendant laquelle le MASI a gagné plus de 30% en variation annuelle. Le marché a, en effet, connu deux années consécutives de hausse, en 2016 et puis en 2017, avant d’enregistrer une correction à la baisse pendant l’année écoulée’’.

Mais cette légère performance du MASI cache en fait plusieurs disparités. Les valeurs qui le composent ont connu en effet des variations mitigées. Certaines ont été pénalisées par la crise financière pendant une longue durée, d’autres ont misé, entres autres, sur la bonne gestion, la diversification et sur l’export pour développer leurs activités et ainsi briller en bourse, en dépit d’une conjoncture morose.

Valeurs agroalimentaires : de 100 à 900% de performance !

Pendant la période analysée, une dizaine de titres ont vu leur valeur exploser, avec des variations allant jusqu'à 900%...

Voici le palmarès des 10 plus fortes hausses de la cote :  

Les 10 plus fortes hausses de la bourse de Casablanca  (10 ans)

Calculs effectués par Le Boursier sur la base des données de la Bourse de Casablanca

Dari Couspate se place en tête des meilleures performances sur les 10 dernières années. Le spécialiste du couscous et des pâtes alimentaires a vu son cours grimper de 930% pour atteindre 5.000 DH.

Dari Couspate est une société bien particulière de la cote de Casablanca, s’accordent à dire les professionnels du marché

‘’C’est une vraie success story ! ’’, lance un analyste de la place.

‘’Dari Couspate est une small cap, extrêmement illiquide. Mais elle reste une entreprise qui a très bien réussi son parcours. Elle a commencé par le marché local, ensuite, elle a énormément misé sur l’export et a augmenté ses capacités d’exploitation’’, explique notre source.

Il faut dire que cette embellie a profité à toutes les valeurs du secteur agroalimentaire. Cartier Saada et Unimer ont gagné respectivement 109% et 100% pendant la période analysée.

Cosumar a bondi de 122% en ligne droite avec la bonne tenue de son activité et de ses réalisations financières. ‘’Celles-ci ont été boostées par le maintien de compensation du sucre, la baisse de la facture énergétique et par des récoltes betteravières qui étaient de bonne qualité pendant une longue période", explique notre source.

‘’Le secteur agroalimentaire était généralement mal perçu par les investisseurs marocains qui préféraient les valeurs à forte croissance. Entre 2000 et 2008, les investisseurs optaient pour les secteurs à forte croissance, à savoir l’immobilier et les banques. Les secteurs défensifs ne les intéressaient pas’’, ajoute notre expert.

Et de continuer : ‘’ce n’est qu’après le retrait de l’ONA et de SNI et le recul de la croissance au niveau de la bourse, que les investisseurs commençaient petit à petit à s’orienter vers les valeurs défensives’’.

Hormis les valeurs agroalimentaires, plusieurs entreprises appartenant elles aussi aux secteurs défensifs ont vu leurs cours s’apprécier. C’est le cas de la Lydec et de Afriquia Gaz qui ont enregistré des hausses respectives de 150% et 115%.

Après la crise financière, les investisseurs commençaient à privilégier le rendement avec des perspectives des résultats positifs voire stables. L’agroalimentaire répond parfaitement à ces exigences, souligne notre source.

Pour Noufel Aouragh de MSIN, ‘’le secteur agroalimentaire a bénéficié de plusieurs programmes de l’Etat durant ces dernières années, notamment le plan Maroc vert, le plan Halieutis et celui de l’Industrialisation. Cette nouvelle orientation de la part de l’Etat ainsi que le changement dans le tour de table de Lesieur Cristal, Centrale Danone et Cosumar ont eu un impact positif sur le secteur agroalimentaire coté’’.

Les minières alignent des progressions à trois chiffres

Le secteur minier s’est également distingué au cours de cette décennie. Les trois minières cotées ont toutes signé des performances à trois chiffres : 414% pour Managem223% pour sa filiale SMI et 160% pour la CMT. Sur dix ans, Managem a enregistré la deuxième meilleure performance de la place.

De très belles progressions qui s’expliquent par les effets directs de la crise mondiale. "Suite à la crise financière, les prix des matières premières ont chuté au dernier trimestre de l’année 2008, avant de repartir à la hausse. Le secteur minier a donc profité de ce mouvement. A titre d’exemple, le pétrole avait atteint son plus haut de 139 dollars/baril en juillet 2008, il a fini l’année à 39 dollars/baril. Cela montre l’ampleur du crash à l’époque’’, précise notre analyste. Un effet de base donc qui a bénéficié à toutes les minières cotées.

‘’L'effet de base a touché tout ce qui est métal industriel à savoir le plomb, l’argent et le cuivre. Ces derniers sont les métaux de prédilection des compagnies minières listées au niveau de la bourse de Casablanca’’, ajoute-t-il.

‘’La CMT produit énormément de plomb, avec des traces de zinc et des traces d’argent. La SMI est une mine d’argent. Managem, elle, est un holding minier, qui détient au niveau de son portefeuille plusieurs mines, qui produisent différents métaux’’.

Les compagnies minières ont également profité de leur profil exportateur qui les protège en cas de crise au Maroc. ‘’Toutes les sociétés ayant un profil exportateur ont avancé en bourse parce qu’elles étaient prisées par les investisseurs’’, souligne notre interlocuteur.

Banques : les exceptions ATW-BCP

La crise financière a pesé sur le secteur bancaire marocain. Pendant la période analysée, beaucoup d’investisseurs commençaient à se délester des valeurs bancaires pour se réfugier dans les valeurs défensives. 

Sur les six banques cotées, quatre ont vu leurs cours baisser : -29% pour BMCE Bank-26% pour le CIH et -22% pour la BMCI et le Crédit du Maroc.

Seules la BCP et Attijariwafa bank sortent du lot avec des performances respectives de +150% et de 86%.

Elles ont profité de leur grande expansion africaine qui a contrebalancé les effets du ralentissement de l’activité, de la montée des risques et de la saturation du marché au Maroc.

Une expansion continentale qui ne semble pas pourtant avoir profité à la banque du groupe FinanceCom. "Le titre BMCE était artificiellement surévalué. Son cours ne cessait d’augmenter même si les réalisations ne suivaient pas. Ce n’est que dernièrement que la valeur a pu avoir un lien avec ses fondamentaux. La baisse n’est donc qu’une simple correction’’, estime notre analyste, pour qui ’’ tout le secteur bancaire était gonflé avant la crise financière’’.

Comment expliquer donc les belles progressions des deux leaders du marché ATW et BCP ?

‘’La BCP a toujours connu un mispricing en bourse. Cela s’explique par la complexité de sa gouvernance. La BCP est, en effet, différente des autres banques’’, commente notre source.

La BCP est pour rappel un organisme du Crédit Populaire du Maroc (CPM). Celui-ci est placé sous la tutelle d'un comité dénommé Comité directeur du Crédit populaire du Maroc. Le CPM est défini comme un groupement de banques, constitué de la Banque Centrale Populaire, d’une part, et de neuf Banques Populaires Régionales, d’autre part. Les BPR sont les actionnaires majoritaires de la BCP.

Cette gouvernance n’était pas claire pour les investisseurs.

‘’Quand la BCP a fusionné avec la BPR de Casablanca, en 2010, automatiquement, l’organe coté en bourse a vu son résultat passer de 1 milliard à 1,5 milliard. Cette fusion n’a rien coûté aux actionnaires et à la BCP, puisqu’elle a simplement détruit les actions que détenait la BPR de Casablanca sur la BCP, et pourtant elle a généré une grande partie du résultat net. Avec la hausse de ses résultats, le cours ne pouvait que suivre’’’, explique notre interlocuteur.

Attijariwafa Bank, pour sa part, a pu résister selon notre source grâce à son total bilan et à son pari sur sa filiale en Tunisie, une de ses plus importantes acquisitions sur les dix dernières années. 

HPS, Microdata et les autres

La quatrième plus forte hausse de cours revient à HPS (+340%). Cette valeur ne cesse de surprendre. ‘’C’est une entreprise qui est très bien gérée. Elle détient plusieurs marchés. Son chiffre d’affaires à l’export est très important’’, commente notre source.

‘’Son profil exportateur la garde à l’abri de la crise’’, ajoute-t-il.  De plus, HPS dégage un fort potentiel de croissance en bourse grâce au développement du paiement mobile au Maroc, et en Afrique de manière générale. 

Microdata, elle aussi, a enregistré une hausse de 209% entre 2009 et 2019.

Autre titres ayant réalisé des progressions à trois chiffres : la CTM (+380%) et Sothema (+148%).

C’est dire que même si le marché avait réalisé dans sa globalité une croissance molle, certaines valeurs ont pu se distinguer du lot et apporter d’énormes plus values à leurs porteurs.Quand le BTP ne va pas…

Au niveau des plus fortes baisses, c’est sans surprise les valeurs de l’immobilier du BTP qui ont le plus souffert. (Voir graphique ci-dessous)

Les 10 plus fortes baisses de la cote (10 ans)

Calculs effectués par Le Boursier sur la base des données de la Bourse de Casablanca

En dix ans, Addoha a perdu 82% de sa valeur. Alliances, quant à elle, a cédé 86% pendant la même période.

Le secteur immobilier souffre depuis plusieurs années du recul de la demande et de la baisse des ventes. Ainsi, les stocks de logements s’accumulent. S’ajoute à cela un fort endettement des promoteurs immobiliers, conjugué à un affaiblissement des crédits accordés au secteur.

Autre valeur immobilière ayant succombé à la crise : la CGI, qui à cause de la morosité du marché et du scandale de Madinat Badès à Al Hoceima, a dû se retirer carrément de la cote en 2014.

Le BTP n’est pas en reste. Touché par le ralentissement économique, l’arrêt des grands chantiers et de la baisse de la demande de manière générale, le secteur a vécu des années difficiles depuis 2008.

Conséquence directe : les valeurs du secteur ont vu leur cours fortement chuter. C’est le cas de Sonasid (-80%), de DLM (-56%), de Stokvis (-82%) ou encore de Fenie Brossette (-77%)

Des évolutions au final qui collent à la conjoncture économique et prouvent que la Bourse de Casablanca, quoique souvent déconnectée de l'économie réelle et du news flow quotidien du marché, peut se montrer efficiente sur un horizon long. Et mériter ainsi son titre de "baromètre de l'économie nationale". 

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