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Inclusion financière, couverture des risques de pandémie, accélération de la digitalisation,… voici les principaux volets abordés par Mohamed Benchaâboun, Abdellatif Jouahri et Mohamed Hassan Bensalah, lors de la cérémonie d’ouverture de la 7ème édition du Rendez-vous de Casablanca de l’Assurance.

Benchaâboun, Jouahri et Bensalah soulignent les défis de l'assurance dans le contexte actuel

 | LE 31-03-2021 15:49
Inclusion financière, couverture des risques de pandémie, accélération de la digitalisation,… voici les principaux volets abordés par Mohamed Benchaâboun, Abdellatif Jouahri et Mohamed Hassan Bensalah, lors de la cérémonie d’ouverture de la 7ème édition du Rendez-vous de Casablanca de l’Assurance.

La 7ème édition du Rendez-vous de Casablanca de l’Assurance, organisée par la Fédération Marocaine des Sociétés d’Assurances et de Réassurance (FMSAR) se tient ces 31 mars et 1er avril, sous le thème : « Inclusion en assurance & résilience aux pandémies ».

L’allocution de Mohamed Benchaâboun, ministre de l’Economie et des Finances, lors de la cérémonie d’ouverture ce mercredi matin, a porté, entre autres, sur le rôle du secteur dans l’inclusion financière, spécialement dans ce contexte de sortie de crise et de relance.

« La priorité accordée à l’inclusion économique s’est fortement renforcée comme le dénote le chantier de généralisation de la protection sociale. A cet égard, le secteur financier joue un rôle important en tant que levier de réduction des inégalités et de promotion de l’inclusion économique et financière de la population », a-t-il déclaré.

La question qui se pose à ce niveau est de savoir de quelle manière le secteur des assurances peut contribuer à l’inclusion financière et la rendre plus résiliente aux crises ?

Selon Mohamed Benchaâboun, « l’assurance inclusive, et plus particulièrement la micro-assurance, constitue l’un des principaux leviers dans la mesure où elle permet d’atteindre même les plus démunis, qui sont de surcroît les plus vulnérables aux risques ».

Et d’expliquer : « L’assurance inclusive peut avoir un grand essor grâce à l’innovation et la technologie qui peuvent contribuer à inventer d’autres formes de protection sociale répondant à de nouveaux besoins exprimés par des personnes sans emploi qui créent leur entreprise, par des retraités bénéficiant d’une pension modeste, des travailleurs non-salariés peu ou moyennement qualifiés subissant des fluctuations de revenus importantes.

« La micro-assurance peut avoir ainsi des visées sociales de protection d’une population n’ayant historiquement pas accès aux assurances traditionnelles. D’ailleurs, le secteur des assurances peut jouer un rôle plus actif dans le chantier d’extension de la protection sociale, à travers la mise en place de produits complémentaires aux produits publics de sécurité sociale, notamment en matière de santé et de retraite, ou encore par le biais de la généralisation de l’assurance Accident du Travail et Maladie professionnelle ».

Dans ce cadre, une deuxième réunion du Conseil National de l’Inclusion Financière sera organisée, dans une semaine, d’après le ministre des Finances, pour réunir l’ensemble des parties prenantes, publiques et privées, investies dans cette stratégie d’inclusion financière.

« Au cours de cette réunion, plusieurs mesures seront actées. Certaines concernent votre secteur (secteur des assurances, ndlr) et visent la promotion de l’assurance inclusive qui pourra se développer rapidement en s’appuyant sur de nouveaux canaux de distribution, comme les établissements de paiement, le digital ou le paiement mobile. D’autres mesures plus structurantes pour la promotion de l’assurance inclusive seront introduites dans le prochain amendement du code des assurances dans l’objectif d’encadrer davantage ces nouveaux produits auxquels d’autres incitations pourraient être accordées », a-t-il indiqué.

S’agissant de la résilience aux risques (dont les pandémies et le changement climatique), le ministre des finances a rappelé l’entrée en vigueur en 2020 du régime de couverture contre les conséquences d’événements catastrophiques régi par la loi n°110-14 qui permet de couvrir la population contre certains risques catastrophiques, comme les tremblements de terre et les inondations.

L’extension de ce régime est en cours. « Nous travaillons déjà sur l’extension de ce régime pour couvrir la population contre les pandémies ou d’autres risques émergents comme les cyber-risques ou les risques induits par le changement climatique comme la sécheresse », a-t-il indiqué.

Le ministre des finances a souligné que « la pandémie nous a démontré que nous ne pouvions plus nous permettre de négliger les risques parce que la probabilité de leur survenance est faible ou que la priorité soit accordée au développement économique sans tenir compte de sa durabilité. Les dégâts causés de manière directe et indirecte par les catastrophes climatiques sont très coûteux et doivent être intégrés dans notre modèle de développement ».

Dans ce cadre, de nouveaux régimes de couverture contre les risques seront mis en place. « Une réflexion est en cours au niveau du ministère de l’Economie, des Finances et de la Réforme de l’Administration pour la mise en place de nouveaux régimes de couvertures contre les risques émergents, comme les pandémies, les cyber-risques et la sécheresse. Le secteur des assurances est le principal partenaire sur lequel nous comptons pour l’aboutissement de ce chantier à l’instar du partenariat public-privé qui a abouti à la mise en place du régime de couverture contre les risques catastrophiques », a indiqué le ministre.

Abdellatif Jouahri revient sur le rôle des assurances dans le développement du pays et dans l’inclusion financière

Lors de son allocution, le Wali de Bank Al-Maghrib a tenu à souligner le rôle des assurances dans le développement de l’économie nationale. « L’assurance en tant qu’industrie contribue significativement à la mobilisation de l’épargne notamment celle à long terme, qui est cruciale pour l’investissement et le développement des pays comme le nôtre. Les statistiques monétaires qu’élaborent Bank Al-Maghrib montrent que les placements financiers des entreprises d’assurance et de réassurance avoisinent 180 milliards de dirhams ».

« De ce montant, 40 milliards sont investis dans des titres de dettes dont près de 23 milliards sous forme de bons du Trésor. Ce secteur contribue au financement de l’économie. Il contribue également à la dynamisation du marché boursier et de l’activité de gestion d’actifs avec un investissement de près de 123 milliards sous forme d’actions et de parts sociales. Ces données montrent qu’il s’agit pleinement d’une composante centrale du secteur financier, contribuant à son développement et à sa stabilité », a-t-il précisé.

Ceci dit, « les marges de développement du secteur restent significatives. Le taux de pénétration mesuré par le ratio des primes émises au PIB se situe à 3,9%, un chiffre qui est, certes, parmi les plus élevé de la région, mais qui reste en deçà de ceux observé dans les économies avancées où il atteint en moyenne 9% pour les pays de l’OCDE. De surcroît, les données de l’enquête « Capacités financières » réalisée par BAM et la Banque Mondiale en 2013 montrent que seuls 2% des marocains ont déclaré avoir souscrit à des produits d’assurance non-obligatoires ».

Selon lui, « plusieurs facteurs expliqueraient ce constat, les offres peu adaptées, la couverture géographique limitée du réseau de distribution, le faible niveau de connaissances et de compétences financières, mais aussi et surtout les bas niveaux de revenus ».

« Une baisse des taux n’a pas que des conséquences positives »

En parlant des défis rencontrés par le secteur des assurances, le Wali de Bank Al-Maghrib a évoqué la deuxième facette des taux bas, qui n’est pas positive. « L’un des défis importants auxquels fait face l’industrie de l’assurance aujourd’hui est le niveau bas des taux d’intérêt. On l’oublie ou on l’ignore souvent, mais une baisse des taux n’a pas que des conséquences positives. Elle permet certes de relancer la demande et l’investissement, mais a également un impact néfaste sur l’épargne, en particulier la petite. Elle pourrait peser sur l’équilibre des fonds de retraite et sur la rentabilité des entreprises d’assurance, et partant sur la stabilité financière ».

Et d’ajouter :« malheureusement, l’environnement des « taux bas et pour longtemps » est une nouvelle réalité que les acteurs du secteur sont appelés à prendre en compte dans leurs stratégies et leurs décisions. En effet, la stagnation séculaire de l’économie mondiale et le mouvement désinflationniste induit par des facteurs structurels tels que la technologie et la démographie maintiendraient vraisemblablement la pression sur les taux dans les années à venir.

« Dans le contexte national, les taux bas conjugués à l’étroitesse du marché boursier constituent un véritable défi pour le développement de l’épargne et de certains segments de l’assurance, des enjeux dont nous sommes bien conscients à la Banque centrale, et qui font partie des critères d’élaboration des décisions de politique monétaire ».

Un deuxième défi se présente aux assureurs. « Celui du changement climatique dont les conséquences sont manifestes : inondations, sécheresses, incendies… Une prise de conscience de plus en plus généralisée de cet enjeu amène les décideurs publics et privés à en tenir compte dans leurs décisions. Dans le secteur financier en particulier, le verdissement est une tendance qui prend de l’ampleur avec une orientation vers son intégration progressive parmi les normes et les standards de régulation et de supervision », souligne le wali de BAM.

« Les acteurs de l’assurance sont appelés dans ce sens à s’adapter et à s’approprier cette tendance au lieu de la subir dans les années à venir. Pour eux, c’est d’un double défi qu’il s’agit, tenir compte de l’impact sur l’environnement dans leurs décisions notamment d’investissement, mais également développer une offre permettant de se prémunir ou de se couvrir contre les risques climatiques. Ces derniers sont d’ailleurs souvent d’ordre systémique et la coordination avec les acteurs publics dans le cadre de Partenariats Public-Privé serait le cadre le mieux indiqué pour leur prise en charge », estime-t-il.

La transformation digitale est accélérée mais génère un nouveau défi pour les assureurs

Abdellatif Jouahri a souligné que « l’autre mutation qui ne cesse de surprendre par sa rapidité ainsi que par l’étendue et la profondeur de ses implications, est la transformation digitale (…) L’assurance bien sûr n’est pas à la marge de cette révolution. Elle est appelée à l’appréhender pour adapter son organisation, améliorer ses produits et ses modes de commercialisation. Le déluge des données qu’engendre cette transformation permet à l’industrie aujourd’hui de mieux évaluer les risques et de concevoir des offres personnalisées et à juste prix ».

Cette transformation digitale n’a pas que des implications positives. Elle fait émerger de nouveaux risques à prendre en compte par les assureurs. « Elle est aussi à l’origine de l’un des risques les plus importants actuellement et les plus difficiles à combattre. Il s’agit de la cybercriminalité qui menace les entreprises privées, les institutions publiques, les gouvernements, les particuliers... Elle pose également un défi majeur en matière de protection des données à caractère personnel, une des conditions les plus exigées dans les régulations des activités économiques et sociales », indique le wali de BAM.

« Pour les assureurs, il s’agit une nouvelle fois de se prémunir eux-mêmes contre ces risques mais également d’œuvrer à concevoir et proposer des offres d’assurance, ce qui représente un marché potentiel qui reste à développer », souligne-t-il

« Fixer la juste limite entre la micro-assurance et l’assurance classique »

Sur le même registre, Mohamed Hassan Bensalah, Président de la FMSAR, a souligné lors de son allocution la nécessité d’être préparés à l’émergence de nouveaux risques.

« Nous devons nous attendre, les prochaines années, à l’émergence de nouveaux risques, qu’ils soient d’ordre technologique, environnemental, ou politique. Et nous devons tirer des leçons de cette crise sanitaire pour nous y préparer. Cette pandémie nous a démontré que les mécanismes d’assurance classiques ne peuvent pas couvrir les risques systémiques, ni amortir leur impact financier », a-t-il déclaré.

Ainsi, selon le président de la FMSAR, « l’un de nos principaux défis aujourd’hui consiste à construire des modèles de couverture capables de protéger les individus et les organisations, sans mettre en péril l’équilibre de notre secteur ».

Il a également souligné que « les enjeux de l’assurance inclusive n’ont jamais été autant d’actualité au vu de l’ampleur de la crise socio-économique que nous vivons ».

« Au Maroc, la stratégie nationale de l’inclusion financière est en marche et la feuille de route du volet Assurance est en cours de déploiement. Des premières expériences réussies ont déjà vu le jour et nous pouvons nous en féliciter. Elles viennent s’ajouter à de belles réalisations lancées depuis plusieurs années par les assureurs, en collaboration avec les associations de micro-crédit.

Les canaux de distribution classiques n’étant pas toujours adaptés à la micro-assurance, nous devons être créatifs et nous inspirer des expériences internationales abouties »,a-t-il continué.

« L’enjeu est de fixer la juste limite entre la micro-assurance et l’assurance classique, et de garder les réseaux traditionnels comme canal de distribution de référence pour la prévoyance et les garanties dommage, qui nécessitent de l’expertise et du conseil », pense-t-il.

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