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le 20/09/2019
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Youssef Saadani, Mehdi El Fakir, Youssef Alaoui et Hakim Marrakchi s’expriment ici sur le ralentissement de l’activité économique. Ils font un diagnostic de ce qui ne va pas et proposent des pistes de relance. 

Décryptage. Des experts parlent du ralentissement économique

Par M.M. | LE 10-07-2019 
Youssef Saadani, Mehdi El Fakir, Youssef Alaoui et Hakim Marrakchi s’expriment ici sur le ralentissement de l’activité économique. Ils font un diagnostic de ce qui ne va pas et proposent des pistes de relance.

Le ralentissement de l’économie marocaine n’est plus à démontrer. Le pays est passé d’une croissance moyenne de 4,5% durant la première décennie des années 2000 à une moyenne de moins de 3,5% depuis 2010.

En 2018, le PIB n’a progressé que de 3%. Cette année encore, la croissance ne va pas dépasser cette barre : le HCP prévoit une croissance de 2,7%, Bank Al Maghrib table sur un taux de 2,8%.

L’année 2020 ne sera guère meilleure, le HCP s’attend à une croissance de 3,4%.

Pour commenter cette situation, nous avons donné la parole à quatre experts : deux économistes et deux opérateurs économiques. 

Voici ce qu’ils pensent de la situation économique. 

Mehdi El Fakir, Economiste : « L’Etat ne peut pas tout faire, le privé doit prendre le relais »

« Nous sommes devant un ralentissement économique qui n’est plus à démontrer. La situation est compliquée. Ceci s’explique par deux facteurs : un facteur conjoncturel lié à la campagne agricole et un facteur structurel lié au modèle économique. 

La morosité s’est installée. Sans des signaux forts, on ne peut pas imaginer une relance.

L’Etat a essayé d’émettre des signaux, comme le remboursement des arriérés de la TVA ou la réduction des délais de paiement… mais l’Etat ne peut pas tout faire au vu des contraintes budgétaires. 

Le privé doit jouer également son rôle. Le secteur privé a prospéré ces dernières années, mais est ce qu’il a investi dans des projets à forte valeur ajoutée ? Je me pose juste la question. Le privé doit s’inscrire dans un esprit patriotique, un patriotisme objectif bien sûr. 

Le nouveau modèle de développement doit être orienté vers l’économie du savoir, être inclusif et axé sur l’offre et les secteurs à forte valeur ajoutée.

Si on ne fait rien, on est exposé à deux risques majeurs : une perte de souveraineté économique d’abord car l’Etat n’a pas les moyens de financer le modèle actuel. Prenons l’exemple des dernières augmentations de salaires. C’est une bonne chose sur le plan social, mais à quel prix ? L’Etat en a-t-il les moyens ? Ce genre de décision mal calculée va aggraver le déficit et l’endettement public. Si on continue comme ca on risque de retomber dans un nouveau PAS. 

Le deuxième risque qui nous guette, ce sont les tensions sociales. Le Maroc en a déjà connu ces derniers mois, mais si on n’agit pas, les tensions risquent de s’accentuer. 

Youssef Saadani, Economiste : « Le ralentissement n’est pas lié à des facteurs conjoncturels, c’est plus profond »

On a des indicateurs macro économiques pas très flamboyants. Et ceci n’est pas lié à des facteurs conjoncturels à mon avis. Nous n’avons pas une politique budgétaire restrictive, nos partenaires ne sont pas en crise, la campagne agricole est moyenne certes mais ceci est une donnée structurelle pour l’économie marocaine … Si on fait 3% de croissance en moyenne ces dernières années, c’est que le problème est plus profond. 

On fait 2 points de croissance de moins que des pays qui sont à notre niveau de développement. Ce n’est pas lié à une conjoncture particulière, mais c’est un phénomène de long terme.

Il y a globalement deux facteurs qui pèsent sur l’économie marocaine : on est un pays cher (pas compétitif) et à faible capital humain.

Notre foncier est cher, les salaires de nos cadres sont très élevés (nos cadres sont deux fois mieux payés qu’en Europe de l’Est), le coût de la vie est exorbitant (on a des niveaux de prix comparables à l’Europe du Sud), le coût des transactions est également élevé (impôts, change, taux…).

On a une Administration gourmande, d’où ce taux de pression fiscale de 22% (hors prélèvements sociaux) qui est un des plus élevé parmi les pays émergents. La pression fiscale en Turquie est de 17%.

Le seuil d’accès à la classe moyenne est très élevé, car elle est doublement taxée. On paie à la fois les impôts et les services sociaux (éducation, santé, transport collectif…)

Les pays asiatiques qui ont une croissance forte et durable ont globalement deux caractéristiques : ils ne sont pas cher (taux de change compétitif, faible pression fiscale et service public de qualité) et disposent d’un capital humain de très grande qualité. C’est le cas également de la Turquie.

Au Maroc, on n’a pas de service public unifié. On ne fait pas de planification urbaine d’où la cherté du foncier et de l’immobilier. On a un système polarisé au niveau de la santé et de l’éducation (public/privé), pas de politique de transport… 

Je ne veux pas évoquer d’autres sujets, mais le seul enjeu pour moi actuellement c’est l’unification des services collectifs. On paie tout en double pour peu de résultats. Il faut travailler sur ca. 

Hakim Marrakchi, opérateur économique : « Il n’y a pas de visibilité, on ne voit pas le bout du tunnel »

La situation est compliquée. Et cela s’explique par deux facteurs. 

1. Un facteur conjoncturel lié aux problèmes de financement posés à l’échelle macro. On a eu une aggravation du déficit de la balance des paiements (baisse des aides des pays du Golfe et des transferts des MRE), l’Etat est donc allé chercher l’argent via les impôts. Ce qui a accentué la pression fiscale sur les opérateurs.

Les commerçants par exemple ont mal vécu l’histoire de l’ICE. Ils ont depuis tendance à réduire leurs achats et leurs stocks, ce qui a produit un ralentissement général de l’activité. 

Ici, il suffit de remettre de la confiance et de la transparence fiscale pour que ca aille mieux.

2. Le deuxième facteur est structurel, lié à un problème profond qui est la compétitivité du pays

Nous avons un problème d’offre : les importations font l’essentiel de la consommation locale. Il n’y a pas de production locale, donc il y a baisse du travail. Et le travail, c’est l’essentiel de la valeur ajoutée. On le voit dans la balance commerciale, le déficit s’aggrave de plus en plus, malgré la montée de secteurs exportateurs comme l’automobile. 

Ici, il n’y a pas de visibilité, on ne voit pas le bout du tunnel. On essaie, on tente des choses, mais sans résultat concert. 

On a instauré la flexibilité des changes par exemple, mais concrètement cela n’a rien changé à la vie des entreprises. Nous n’avons ressenti aucun impact. 

Pire, on augmente les salaires à partir de juillet. Mais en face, on ne met rien pour sauvegarder la compétitivité. L’Etat va être encore une fois obligé d’aller chercher de l’argent pour financer les hausses de salaires, et ca retombera sur les opérateurs qui devront payer plus d’impôts…

Youssef Alaoui, entrepreneur : « On n’a plus le temps d’attendre »

On n’est pas si mal que ça, mais ça peut aller beaucoup mieux. Je ne veux pas trop m’attarder sur les raisons du ralentissement économique, car j’ai l’impression qu’on tient le même discours depuis des années. 

Ce que je veux pointer en revanche, c’est le décalage entre le discours politique et la réalité du terrain. Je ne parle pas de grandes réformes, mais de choses du quotidien qui pèsent sur l’activité économique. 

On a mis certes des choses sur les rails, mais la mise en œuvre est très lente

Prenons juste le cas des légalisations. On nous dit que la procédure est devenue plus souple, qu’on peut certifier nos documents dans n’importe quelle administration, mais la réalité est autre.

Notre administration est très lente, les procédures pour obtenir des autorisations (et elles sont nombreuses) sont très longues. On n’a plus le temps d’attendre. 

Il y a beaucoup de choses qui peuvent être réglées rien qu’en agissant sur des choses du quotidien. 

Un entrepreneur doit avoir aujourd’hui une armée de coursiers, car il n’y a pas un seul jour où on n’a pas affaire à l’administration. Ce n’est pas normal. 

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