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Al Mada. L’appel de Hassan Ouriagli pour un nouveau capitalisme africain

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Dans un continent où les disparités sociales et territoriales persistent, une entreprise ne peut plus se focaliser que sur la recherche de profit, mais doit se doter d’une raison d’être, d’une mission sociale. Une nouvelle philosophie des affaires que le patron de l’ancienne SNI veut promouvoir en terre africaine.

Dans un continent où les disparités sociales et territoriales persistent, une entreprise ne peut plus se focaliser que sur la recherche de profit, mais doit se doter d’une raison d’être, d’une mission sociale. Une nouvelle philosophie des affaires que le patron de l’ancienne SNI veut promouvoir en terre africaine.

Elles sont très rares les occasions où on voit le patron du fonds d’investissement Al Mada s’exprimer. Vendredi dernier, Hassan Ouriagli a été appelé à prononcer un discours à l’occasion du Forum International Afrique Développement, organisé par Attijariwafa bank.

Le forum était dédié cette année à un thème d’une grande actualité : l’intégration intra-africaine, matérialisée par la signature en mars 2018, par 44 pays du continent, de l’accord portant création de la zone de libre échange africaine (Zleca). Un marché commun de 1,2 milliard d’habitants, considéré d’ores et déjà comme la plus grande zone de libre échange du monde.

Devant un chef d’Etat, le président de la Sierra Leone Julius Maada Bio (invité d’honneur de cette 6e édition du FIAD), une dizaine de ministres africains et une centaine de grands patrons du continent, Hassan Ouriagli a choisi de lancer un appel pour un nouveau capitalisme africain. Un capitalisme qui fait de la mission sociale de l’entreprise une raison d’être et se détache du seul impératif de recherche du profit, longtemps considéré dans la littérature économique comme l’objectif ultime de la conduite d’un business.

Une nouvelle philosophie illustrée par un concept porté par Al Mada : le « Positive Impact », signature que le fonds d’investissement a adoptée depuis mars 2018.

« Positive Impact est en quelque sorte notre « raison d’être » et traduit le sens de notre responsabilité sociétale, la portée bénéfique de nos actions dans le long terme. Le nom d’Al Mada lui-même est porteur de cet engagement… », indique Hassan Ouriagli. 

« Are you running a business or a charity ? »

Pour le PDG d’Al Mada, l’entreprise africaine d’aujourd’hui ne doit plus se contenter d’être simplement un outil de recherche de profit. Mais doit être au service des populations et des territoires auprès desquelles elle exerce. 

L’impératif de rentabilité économique a longtemps justifié la focalisation de la mission des entreprises sur le seul profit. L’impact positif de l’entreprise, n’était à ce titre qu’une victoire annexe », une sorte « d’effet positif collatéral », un « nice to have » et son action sociale assimilée, selon Hassan Ouriagli, à une forme de « paternalisme ou d’action de charité ».

« Nos amis d’obédience anglo-saxonne ici présents se souviendront de la formule, « Are you running a business or a charity ? » qui opposait vocation financière de l’entreprise et préoccupation sociale. On s’engageait pour son entreprise OU pour une œuvre philanthropique – l’un et l’autre ne pouvaient aller de pair… Cette conception de l’entreprise en tant qu’acteur n’obéissant qu’à de simples impératifs économiques a vécu. Elle n’est plus acceptable socialement. Elle n’est plus acceptable sur le plan environnemental. », lance le PDG d’Al Mada.

Cette vieille acception de l’entreprise a été remise en cause, selon le patron d’Al Mada, par les grandes crises des années 1970/1980, les innombrables enjeux environnementaux, les problématiques de santé publique qui sont venus, dès les années 2000, renforcer les exigences de base et attentes sur l’impact des acteurs économiques.

Il cite également « la démocratisation de l’avoir », un mouvement parallèle qui a créé chez les classes moyennes du monde de fortes attentes en matière de consommation. Une mutation parachevée par la crise de 2008, « venue rappeler que l’économie devait être au service du monde réel » et l’avènement des réseaux sociaux qui favorisent désormais le partage d’information et la mobilisation quotidienne pour l’adoption par tous les acteurs économiques d’une conduite saine et durable. 

Réadapter la mission de l’entreprise à ces novelles exigences est ainsi une nécessité en Afrique, un continent où « de fortes disparités de développement économique existent », où « des régions demeurent enclavées » et des « populations en marge ». 

« Résorber ces disparités est un mouvement qui prendra du temps – mais ce mouvement est un mouvement de fond, il est le sens de l’Histoire. Il nous conduit vers une Afrique moderne, fière de sa culture, œuvrant pour l’équilibre et le bonheur des peuples qui la composent », affirme Hassan Ouriagli. 

Ce « développement positif » a selon le patron d’Al Mada une dimension plus large que le seul « développement durable », un développement qui fait une référence trop exclusive aux aspects écologiques. « Pour nous, le développement est positif s’il est écologiquement mais aussi socialement durable. Notre signature, Positive Impact, exprime notre engagement : inscrire notre empreinte dans une dynamique inclusive et à long terme ».

« Voilà ce que nous entendons par « Al Mada – Positive Impact ». Partout où nous prenons la décision d’investir, nous nous efforçons de rencontrer cette double finalité de l’entreprise : créer des richesses ET contribuer au bien commun en renforçant le tissu social de manière durable et respectueuse de la dignité humaine et de la nature. Il en va de notre RESPONSABILITE – une conception de la responsabilité qui remet à plat les anciens fondamentaux de l’économie, « capitalisme contractuel » et « capitalisme financiarisé » ».

Inclure la mission sociale dans les statuts de l’entreprise

Citant les initiatives de développement positif qui naissent un peu partout dans le monde, aux Etats Unis avec les « Public Benefit Corporations », en Italie avec la « Società Benefit », en Grande Betagne avec les « Community interest companies » ou les entreprises avec « raison d’être » en France, le patron d’Al Mada pense que l’Afrique peut réaliser « un quantum leap » (saut quantique, ndlr), saisir cette opportunité pour « prendre un train d’avance et adopter dès aujourd’hui le modèle d’avenir, plus efficient pour son développement …positif ».
Il propose ainsi d’inclure dans les statuts de l’entreprise une mission sociale, scientifique ou environnementale qui vient compléter la recherche du profit.

La France a déjà sauté ce pas. L’article 1835 du Code civil français a été en effet modifié récemment pour ouvrir la possibilité aux entreprises qui le souhaitent de se doter d’une « raison d’être » dans leurs statuts. 

Ce n’est pas selon Ouriagli qu’un simple argument marketing, mais un avantage comparatif qui peut faire la différence. « Les entreprises qui s’engagent pour l’intérêt général attirent des collaborateurs plus motivés, mieux formés, qui cherchent à donner du sens à leur parcours », signale-t-il, citant à ce juste titre l’exemple d’Al Mada. 

« Au sein d’Al Mada, la RSE est intégrée de manière native dans la stratégie profonde de nos participations, leur progrès étant mesuré à partir d’une performance globale, incluant des dimensions sociales et environnementales en plus de la dimension économique. Chez nous, il y a quelques temps déjà que le ROI a changé de sens, qu’il est passé de Return on Investment à Return On Involvement, le retour sur engagement - un gage d’attractivité pour tous les talents que nous souhaitons fédérer à nos côtés et qui assureront demain notre capacité à adresser nos enjeux ». 

Hassan Ouriagli conclut son discours par un vœu : celui de voir ce modèle essaimer partout en Afrique, que le « Positive Impact » devienne la maque de fabrique d’une approche économique africaine pour inventer un « capitalisme positif ».

« Il nous ferait honneur devant le tribunal des générations futures. Je vous parle d’avenir – mais ce modèle de fonds, qui place le « Positive Impact » comme le retour sur engagement au cœur de ses pratiques, demeure au présent bien rare en Afrique. Al Mada espère modestement ouvrir la voie. Nous sommes une avant-garde ».

« Peter Drucker, le père du concept « d’esprit d’entreprise » et souvent décrit comme le fondateur du management moderne disait que « La raison d'être d'une organisation est de permettre à des gens ordinaires de faire des choses extraordinaires». Faire des choses extraordinaires. C’est ce qui nous réunit et mobilise chaque jour. C’est tout ce que je nous souhaite et souhaite aux organisations que nous représentons collectivement ici. Puissions-nous avec le Positive Impact rendre tangible cette vision pour l’Afrique et les Africains », conclut le patron d’Al Mada.

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