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Risques politiques en Libye, en Algérie, au Nigéria, nouveaux méga projets au Sénégal et en Mauritanie, retour du Soudan du Sud dans le club des producteurs... sont autant d'évènements qui impacteront le cours des choses sur le continent. Round up.

 

 

Pétrole et gaz : les 10 tendances qui façonneront le secteur en Afrique en 2019

Par Sara El Hanafi | LE 28-01-2019 
Risques politiques en Libye, en Algérie, au Nigéria, nouveaux méga projets au Sénégal et en Mauritanie, retour du Soudan du Sud dans le club des producteurs... sont autant d'évènements qui impacteront le cours des choses sur le continent. Round up.

La Chambre Africaine de l’énergie, un réseau d’investisseurs et partenaires dans le secteur de l’énergie en Afrique, vient de publier une note sur"Les 10 tendances qui façonneront le secteur de l’énergie en Afrique en 2019". Ce réseau s'intéresse en particulier à l’avenir de l’investissement en hydrocarbures, notamment le pétrole et le gaz, qui semble avoir encore de beaux jours dans le continent.  

"Après une année de rebond et de reprise, les anciens et nouveaux marchés africains des hydrocarbures ont la possibilité de consolider davantage la position du continent en tant que frontière pétrolière et gazière mondiale la plus attractive en 2019", se réjouit l’institution.

Celle-ci souligne toutefois que la nouvelle année apporte également de nouvelles dynamiques et de nouveaux défis qui influenceront l’avenir du secteur.

Voici, telles qu’énumérées par la Chambre Africaine de l’énergie, les dix principales tendances qui influeront sur le marché pétrolier et gazier en Afrique en 2019 :

1/ L’ouverture de nouvelles frontières africaines

Pour l’institution, l’année 2019 sera déterminante pour l'avancement de nouveaux projets d'exploration et de production en Afrique de l'Ouest et de l'Est.

Les développements à surveiller comprennent notamment le développement du champ pétrolier SNE au large du Sénégal, où les travaux d’études préliminaires sont en cours et où une décision finale d’investissement (FID) est attendue cette année par des investisseurs australiens et anglais ; l’exploitation du gisement pétrolifère Amdigh au Niger où un programme de production de 5 millions de dollars devrait commencer prochainement, en plus de l’ouverture d’un bassin au Kenya, où la FID est également attendue avant la fin de l’année, en dépit de la montée des tensions avec la communauté locale.

2/ Une année pour confirmer la position de l'Afrique en tant que point névralgique de l'exploration mondiale

"Les appels d'offres en cours sur les principaux marchés des hydrocarbures africains existants et nouveaux indiqueront si l'Afrique confirmera davantage sa position de nouveau point chaud de l'exploration mondiale et parviendra à attirer les investissements nécessaires dans ses zones pétrolières et gazières », estime l’Association.

Parmi les producteurs africains bien établis celle-ci compte le Gabon et le Congo-Brazzaville, membres de l’Opep, et qui ont chacun des appels d'offres en cours. De même pour le Nigéria et l'Angola, deux producteurs africains plus importants et aussi membres de l'Opep.

Le Ghana, le dernier entrant sur la scène pétrolière africaine, tient son premier appel d’offre officiel, qui doit s'achever en mai 2019 et qui aurait attiré l'attention de 16 sociétés pétrolières, dont les majors ExxonMobil, BP, Total et ENI.

En tant que nouvelle frontière offshore prometteuse pour l’Afrique de l’Est, Madagascar pour sa part propose 44 concessions jusqu'en mai 2019, qui n’ont jamais fait l’objet d’un appel d'offres ou été explorées auparavant: "Pour un pays qui n'a pas encore découvert de pétrole majeur, cet appel d’offre est un réel pari", souligne l’Association.

3/ L’industrie FLNG (Gaz naturel liquéfié flottant) connaît quelques difficultés

La Chambre souligne que les nouveaux entrants dans l’industrie des hydrocarbures en Afrique font des progrès remarquables dans le développement de leur propre industrie de FLNG. BP (British Petroleum) a annoncé récemment sa FID pour la phase 1 du développement transfrontalier d’un projet entre le Sénégal et la Mauritanie, qui impliquera l'installation d'un système FLNG de 2,5 millions de tonnes par an. Il s’agit du troisième projet africain de FLNG à atteindre une FID après d’autres projets au Cameroun et au Mozambique.

Toutefois, l’Association fait remarquer quelques difficultés dans le financement d’un projet de FLNG de 2 milliards de dollars en Guinée équatoriale. Alors que les aspirations de ce pays sur ce segment semblent plus incertaines que jamais, 2019 dira si le pays peut trouver les bons partenaires pour replacer le projet sur la carte FLNG de l’Afrique.

4/ Une année de méga projets

"Le retour de l’Afrique sur la carte mondiale du pétrole et du gaz n’est pas seulement dû aux vastes ressources naturelles de ses sols et de ses eaux, mais également au fait que le continent abrite de très grands projets énergétiques destinés à transformer le futur de l’industrie", estime la Chambre.

Elle cite comme exemple l’accord de coopération intergouvernementale entre le Sénégal et la Mauritanie précité, et le considère de bon augure pour l’avenir de l’industrie des hydrocarbures en Afrique de l’Ouest.

"Cependant, la capacité du Sénégal et de la Mauritanie à résoudre leurs différends pour assurer un développement plus durable de leurs réserves et de leurs installations en mer est un facteur à surveiller", souligne la note.

5/ Les prétendants internationaux lancent leurs dés

Au fur et à mesure que l’Afrique renforce sa position au centre des transformations mondiales, elle devient de plus en plus le terrain de jeu des acteurs internationaux désirant tirer parti des vastes ressources du continent.

"Alors que la Chine a affirmé sa position sur le continent, la nouvelle dynamique continentale amènera-t-elle le géant asiatique à changer de stratégie d'investissement ou son portefeuille africain ? Les intentions de la Russie sur le continent devenant de plus en plus claires, le premier sommet Russie-Afrique de cette année se traduira-t-il par des accords plus concrets pour la Russie sur le continent ? En même temps, l’initiative américaine Prosper Africa lancée en décembre 2018 pourra-t-elle faire face à la fois à la concurrence internationale grandissante et à la baisse de l’influence américaine sur le continent ? " se demande la Chambre dans sa note.

6/ Un dilemme complexe de diplomatie énergétique pour l'Opep en Afrique

"Constituée d’une majorité de membres issus de nations africaines, l’évolution des relations entre l’Opep et le continent nécessitera une ingéniosité diplomatique habile pour l’Organisation qui s'efforce sans relâche de gérer la surabondance de l'offre mondiale", ajoute la même source.

Car d’un côté, les principaux producteurs africains et membres de l’Opep (Algérie, Libye, Nigéria, Angola et Congo-Brazzaville) s’efforcent d’accroître leur production nationale, ce qui rend de plus en plus difficile pour l’Organisation de négocier ses coupes de production.

De l'autre, le continent abrite une multitude de producteurs de pétrole en devenir, comme le Sénégal, le Kenya ou l'Ouganda, ou d'anciens producteurs faisant un retour comme le Sud-Soudan, dont certains font partie de la Déclaration de coopération de l'Opep, et dont la production future ajoute une autre couche de complexité dans la formulation de la stratégie globale de gestion des prix du pétrole de l'Opep.

7/ Les plus grands producteurs africains se rendent aux urnes

"Parmi la série d'élections qui se dérouleront cette année sur le continent, du Sénégal au Mozambique, aucune ne sera plus importante pour le secteur pétrolier africain que celle du Nigéria en février", indique la Chambre.

L’élection présidentielle nigériane façonnera en effet l’avenir du secteur, non seulement parce que le Nigéria est le plus grand producteur de pétrole et de gaz d’Afrique, mais aussi car ce qui se passe au Nigéria a une incidence sur le reste du sous-continent d’une manière ou d’une autre, selon l’Association.

Au nord, l’Algérie et la Libye entrent elles aussi dans une année électorale, les élections générales libyennes de 2019 étant fixées pour le premier semestre de l’année et celles d’Algérie pour le mois d’avril. Les deux pays sont en voie de transformation.

Les autorités libyennes prévoient de doubler la production du pays, qui devrait atteindre 2,1 millions de b/j d'ici 2021, à condition que la politique n'altère pas la gouvernance des hydrocarbures et le travail de sa compagnie nationale. Le fils de Mouammar Kadhafi, Saïf al-Islam Kadhafi, devrait se présenter aux élections alors que le pays demeure divisé entre l’Ouest et l’Est, rendant le maintien de la stabilité requise par les investisseurs difficile à prévoir.

En Algérie, où une vague de réformes secoue tout le secteur des hydrocarbures, les élections devraient maintenir un statu quo relatif, du moins sur le plan politique. La compagnie pétrolière nationale du pays, la Sonatrach, a lancé une stratégie de transformation ambitieuse qui lui permettra d’investir 56 milliards de dollars au cours des quatre prochaines années et d’internationaliser ses opérations sur les principaux marchés mondiaux de l’énergie. "2019 pourrait même voir le géant étatique et plus grande entreprise d’Afrique s’étendre au sud du Sahara", ajoute la note.

8/ L’Angola poursuit son chemin de réformes

Depuis son entrée en fonction à l'été 2017, le président angolais João Lourenço a mis en œuvre un programme réformiste optimiste qui transforme radicalement la gouvernance du secteur pétrolier et gazier du pays.

Total et BP ayant signé d'importants accords pour renforcer leurs activités en Angola ces derniers mois, 2019 dira si l'industrie pétrolière internationale est convaincue du retour de l'Angola comme frontière africaine compétitive ou non.

9/La marche du Sud-Soudan vers la paix

La progression majeure au Soudan du Sud, et sur laquelle repose l’ensemble de l’économie, est celle des accords de paix. Cependant, la Chambre Africaine de l'énergie se demande si ces accords de paix se traduiront par des promesses d'investissement et d'injection de capitaux dans l'économie du Soudan du Sud cette année.

"Certains signaux le laissent penser, suite à l’annonce l’an dernier que le Central Energy Fund sud-africain investirait un milliard de dollars au Soudan du Sud. Cependant, les marchés restent sceptiques et attendront de voir comment la transition pacifique sera gérée et comment la production pétrolière reprendra avant de s’aventurer davantage dans le pays", ajoute la même source.

10/Une année pour améliorer l'accès au marché des producteurs de l'Afrique de l'Est

L'Ouganda devrait rejoindre le club des producteurs de pétrole africains au début des années 2020. A cet effet, des efforts sont en cours pour mettre en place une infrastructure adéquate pour l'évacuation du pétrole qui sera produit prochainement dans un de ses bassins.

Le projet semblait aller de l'avant lorsque l'Ouganda et la Tanzanie ont échangé en mai 2017 l'accord intergouvernemental relatif à l'Oléoduc pour l'Afrique de l'Est, d'une longueur de 1.443 km. Cependant, les partenaires de la construction de ce pipeline, à savoir le groupe français Total, le chinois CNOOC et Tullow Oil, doivent encore en prendre la décision finale d'investissement.

En même temps, les accords avec les gouvernements hôtes doivent être signés en janvier, mais les retards dans la conclusion de l'accord financier ont déjà retardé les ambitions de production pétrolière de l'Ouganda de 2020 à 2021. L'oléoduc est crucial pour l'intégration future de la communauté de l’Afrique de l’Est et pour établir un précédent positif de planification, de financement et de mise en œuvre de projets énergétiques conjoints dans la région.

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