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Endettement alarmant, déficits persistants…Maghreb Steel peine à s’en sortir

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Bousculée par les importations européennes et turques d'acier et le contexte mondial et national difficile, Maghreb Steel connait depuis quelques années d’importantes difficultés financières. Accords de restructuration, rééchelonnement des dettes par les banques, refinancement sur le marché, mesures de défense commerciale de l’Etat… Toutes ces mesures été mises en place pour secourir le sidérurgiste marocain, mais ce dernier n’arrive toujours pas à sortir la tête de l’eau. Tour d’horizon.

Bousculée par les importations européennes et turques d'acier et le contexte mondial et national difficile, Maghreb Steel connait depuis quelques années d’importantes difficultés financières. Accords de restructuration, rééchelonnement des dettes par les banques, refinancement sur le marché, mesures de défense commerciale de l’Etat… Toutes ces mesures été mises en place pour secourir le sidérurgiste marocain, mais ce dernier n’arrive toujours pas à sortir la tête de l’eau. Tour d’horizon.

Maghreb Steel, société opérant principalement dans le laminage des tôles actuellement, peine à mettre fin à ses difficultés malgré les différentes mesures prises par son management, l’Etat et ses partenaires financiers. En 2017, les comptes de l’entreprise affichent toujours un résultat net déficitaire, et ce, malgré une légère progression du chiffre d’affaires par rapport à 2016. La société a consommé tous ses fonds propres qui sont passés dans le rouge (-163,6 MDH en 2017), et a alourdi ses dettes financières (4,6 MMDH en 2017) malgré une petite amélioration notée l’année précédente. La situation reste alarmante !

En 2012, le RNPG Maghreb Steel s’élevait à -423,9 MDH avant de se creuser à -561 MDH en 2013, à -641 MDH en 2014 puis à -793 MDH en 2015.

Ce n’est qu’en 2016 que l’entreprise est arrivée à réduire ses pertes pour afficher un déficit de -119 MDH, avant qu’il ne s’accentue légèrement à -121 MDH en 2017.

Concernant le chiffre d’affaires, celui-ci est passé de 2,7 MMDH en 2012 à près de 3,7 MMDH en 2017.

Notons que le chiffre d’affaires de 2017 est presque entièrement absorbé par les charges pour générer un résultat d’exploitation d'à peine 7 MDH, ce qui reflète une pression sur les prix face à une structure des charges rigide à la baisse.

     >> Lire également : Maghreb Steel toujours dans le rouge

Pour rappel, l’entreprise créée en 1975 sous la dénomination sociale Maghreb Tubes (changée à Maghreb Steel S.A. en 2000) avait pour mission la fabrication de tubes soudés en acier. La société a élargi son champ en diversifiant ses activités notamment dans le domaine du fer et de l’acier. Par la suite, Maghreb Steel a installé ses propres unités de galvanisation et de prélaquage, augmentant au fur et à mesure sa capacité de production. Néanmoins, la société a fini par procéder à la cession effective de l’activité « Tubes » en 2000. Depuis, Maghreb Steel opère principalement sur le segment du laminage de la tôle.

Retour sur les raisons de la situation difficile de Maghreb Steel.

Tout a commencé en 2011 où le marché mondial de l'acier plat a été affecté par une crise se traduisant par une baisse de la consommation et des perturbations dans les prix des produits transformés. Cette situation a naturellement impacté l'activité de Maghreb Steel qui devait faire face, en plus du ralentissement de la demande locale et mondiale, à la concurrence de produits importés à bas prix (turcs et espagnols), et donc à une contraction de son activité et ses marges.

S'ajoute à cela la lourdeur des plans d’investissements réalisés à contre-cycle et financés par endettement.

En effet, dans un contexte mondial et local difficile, le leader marocain dans les produits d'acier plats a malgré tout investi un montant de 5,7 MMDH pour un complexe sidérurgique comprenant Aciérie et laminoirs à chaud, financé en grande partie par un consortium composé de 6 banques marocaines. Ainsi, l’année 2012 a été marquée par le démarrage du laminoir à chaud Plate d’une capacité de 500.000 Tm/An.

Au niveau national, les industriels s’accordaient à dire que la taille du marché de la sidérurgie et la métallurgie demeure petite, ne permettant pas à Maghreb Steel de répondre à une demande variée en termes de nuances de produits et de dimensions sans avoir une quantité minimale commandée.

Aussi, les intrants indispensables à la sidérurgie sont l’énergie et le fer, que le Maroc importe ou produit à des coûts élevés.

Tout laissait croire que Maghreb Steel avait fait le mauvais choix au mauvais moment en optant pour un investissement important dans un tel contexte national et international.

La situation financière du sidérurgiste n’a pas tardé à se compliquer. Le 20 novembre 2012, l'entreprise a remis aux autorités marocaines une requête de mise en place de mesures anti-dumping sur les importations de tôle d’acier laminée à chaud originaires de l’Union Européenne et de la Turquie afin d'éviter la faillite.

Il est à noter que l’enquête a été initiée en janvier 2013 par le gouvernement marocain qui a conclu à l’existence d’un dumping. Ainsi, un droit de douane provisoire sur les produits concernés a été instauré, faisant courir de graves risques à tout le secteur industriel. Un sujet qui a fait l’objet d’un vif débat au sein des milieux d'affaires qui ont vu leurs intrants se renchérir. Malgré tout, la décision du gouvernement d'instaurer des mesures anti-dumping définitives a été prise en 2014.

     >> Lire également : Maghreb Steel lance un SOS contre le dumping

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En parallèle, l'aciériste s’est retrouvé incapable de rembourser ses dettes auprès des banques partenaires.

En décembre 2012, il avait décidé de procéder à une augmentation de capital de 600 MDH. L’opération a été souscrite entièrement par l’actionnaire Bled Solb mais dont la moitié n’a pas été libérée.

En même temps, la négociation d’un plan de restructuration de la dette pour 2013 a été entamée.

En août 2013, un protocole d’accord a été signé avec le consortium bancaire (regroupant 6 banques marocaines) portant sur la restructuration de la dette bancaire de Maghreb Steel. Cela avait permis à l’entreprise de pouvoir résister à l’invasion des produits importés.

En 2014, le groupe confirme l'aboutissement de l’accord de restructuration avec ses partenaires financiers, qui prévoyait, entre autres, l'injection de 400 MDH de fonds propres par les actionnaires entre 2014 et 2017 (dont 200 MDH en 2014). Maghreb Steel avait annoncé également la mise en place d'un plan de transformation industrielle et commerciale et d’une refonte managériale. 

    >> Lire également : Maghreb Steel se prépare à un nouveau départ 

En outre, l’année 2014 a été marquée également par la mise en place de nouvelles mesures de sauvegarde, cette fois sur les importations de laminé à froid galvanisé et prélaqué, consistant en l’imposition d’un droit additionnel ad valorem de 25% pour une période de 200 jours. Maghreb Steel avait en effet introduit une seconde requête auprès du gouvernement.

En avril 2015, un protocole inter-créanciers a été signé pour permettre de débloquer des crédits en faveur de la société, ce qui lui a donné une bouffée d’oxygène temporaire.

Pendant le mois d’août de la même année, une mesure de sauvegarde définitive sur les importations de laminé à froid a été instaurée avec l'imposition d'un droit additionnel ad valorem de 22%.

En décembre 2015, un protocole de restructuration de la dette globale de Maghreb Steel a été signé avec l’accord de tous les créanciers qui espéraient, tout comme l’Etat, sauver le sidérurgiste. Il portait sur un rééchelonnement des échéances à venir et sur un allègement des intérêts.

    >> Lire également : Maghreb Steel conclut un accord de restructuration de sa dette

En fin d’année 2015 également, Maghreb Steel a eu recours, encore une fois, à d'autres moyens de financement pour pouvoir rembourser ses dettes, cette fois-ci à travers l’émission d’un emprunt obligataire de 895 MDH dont les souscripteurs sont les porteurs de billets de trésorerie émis par l’entreprise (les billets de trésorerie ont été convertis en obligations, ndlr.). L'opération fait partie du plan de reprofilage de l’encours de sa dette privée.

    >> Lire également: Maghreb Steel veut convertir ses billets de trésorerie en obligations

Pour rappel, le fabricant d’acier plat non coté à la Bourse de Casablanca avait initié un programme d’émission des billets de trésorerie en 2002 pour un montant de 100 MDH, dont la dernière mise à jour a été effectuée en 2013 pour porter le montant à 1,5 MMDH.

    >> Lire également: Maghreb Steel: un plan de sauvetage sur les rails

Finalement, toutes ces mesures de défense commerciale de l’Etat, de soutien des banques partenaires surtout en matière de rééchelonnement des dettes ainsi que l'effort du management pour secourir le sidérurgiste marocain n'ont toujours pas permis à celui-ci de sortir la tête de l'eau.

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