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Moody's abaisse la perspective de note souveraine du Maroc de "Positive" à "Stable"

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L'agence évoque principalement un rythme d'assainissement budgétaire plus lent que prévu, qui entraînera avec lui un endettement plus significatif. Détails.

L'agence évoque principalement un rythme d'assainissement budgétaire plus lent que prévu, qui entraînera avec lui un endettement plus significatif. Détails.

L’agence de notation américaine Moody’s a ramené la perspective de la note souveraine du Maroc de "positive" à "stable", a-t-elle annoncé le 20 novembre. L'agence maintient toutefois la note du Royaume à Ba1.

La décision de Moody’s d'abaisser sa perspective pour le pays s'explique principalement par un rythme d'assainissement budgétaire plus lent que prévu: "Une marge budgétaire plus faible que prévu limitera la capacité du gouvernement à absorber les chocs internes ou externes dans un contexte financier mondial qui se durcit", précise l'agence.

Elle estime que la lenteur de l'assainissement budgétaire reflète "un léger affaiblissement de la vigueur institutionnelle, et en particulier de l’efficacité des politiques, relativement aux attentes de Moody’s lorsque la perspective Positive a été assignée".

L’agence souligne que les données relatives à l’exécution budgétaire pour l’année 2018 indiquent un déficit budgétaire en fin d’année à 3,8% du PIB, contre un objectif de 3%. Un désalignement résultant de recettes fiscales plus faibles que prévues dans le budget, en plus de la lenteur des décaissements des dons du Conseil de coopération du Golfe (CCG). L’agence mentionne également des dépenses en subventions et en investissements supérieures aux objectifs visés.

Et alors que le budget 2019 prévoit un déficit budgétaire globalement inchangé à 3,7%, Moody’s avance que cela implique un pic plus élevé du ratio Dette publique/ PIB, à environ 67% en 2020.

Cela étant, Moody's reconnaît "des politiques macroéconomiques et des réformes fiscales cohérentes mises en œuvre par le gouvernement au cours des dernières années; notamment l’élimination des subventions aux carburants, la réforme paramétrique des retraites publiques ainsi que la mise en œuvre de la loi organique sur le budget."

Le profil de crédit du Maroc "résilient"

Par ailleurs, Moody's affirme que le maintien de la note Ba1 émane de la résilience démontrée du profil de crédit du Maroc, en dépit des défis posés par des niveaux de richesse relativement bas avec un PIB/hab de 8.568 dollars; en plus du poids de la dette qui s’est considérablement accru au cours de la dernière décennie et la tendance relativement modérée de la croissance.

Moody's souligne toutefois que le Maroc reste conforté par l’accès du gouvernement à des marchés de capitaux intérieurs relativement profonds, qui aident à le protéger de la volatilité des marchés internationaux de capitaux.

D’une autre part, l’agence de notation estime que sur la base de son hypothèse de prix du pétrole de 74 dollars le baril en 2018, et de 75 dollars en 2019, le déficit du compte courant du royaume devrait passer à 4,4% du PIB en 2018 et à 4,5% en 2019, l’augmentation des exportations ne pouvant que partiellement compenser l’effet négatif de la hausse des prix du pétrole.

Cependant, à long terme, Moody’s s’attend à ce que l’expansion de la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité continue, notamment via les installations éoliennes et solaires. Cette progression contribue à réduire la forte sensibilité extérieure du Maroc aux prix de l'or noir. Qui plus est, l’agence avance que l’élargissement de la bande de fluctuation du Dirham soutiendra la compétitivité des prix et la capacité d’absorption des chocs externes du pays à long terme.

L’agence souligne toutefois que toute croissance potentielle au niveau du pays se trouve heurtée aux contraintes d’un marché du travail rigide, à l’inadéquation des compétences professionnelles et à des normes d’éducation médiocres en comparaison à l’international, en plus du très faible taux d’activité des femmes. Ces contraintes se traduisent par une faible productivité, rendant la trajectoire de croissance dépendante de l’approfondissement continu du capital.

Pas de changement significatif à l'horizon

Selon Moody’s, une éventuelle amélioration de la notation ou des perspectives de crédit du Maroc sera fondée sur les mesures prises pour résoudre au moins certaines des principales contraintes précitées.

"Cela impliquerait de nouvelles mesures politiques garantissant que le ratio de la dette publique, y compris les garanties de la dette extérieure des entreprises d’Etat, soit fermement dans une tendance baissière, soutenu par la poursuite de la mise en œuvre des réformes visant à améliorer l’environnement fiscal et des affaires, qui développeront les perspectives de croissance non-agricole de l’économie marocaine", précise l'agence.

D'une autre part, Moody’s note que la résilience du profil de crédit du Maroc aux chocs budgétaires et externes de ces dernières années donne à penser que la probabilité d’une dégradation de la note de crédit du royaume au cours des prochaines années reste très faible.

Cela dit, la poursuite de la détérioration des finances publiques ou la matérialisation d’importants passifs éventuels émanant d’entreprises d’Etat ou du secteur bancaire pourraient entraîner un abaissement du niveau de notation. De même, cette dernière serait davantage dégradée avec une détérioration imprévue et durable des comptes extérieurs.